Accueil Sécurité Haïti Sécurité : la nouvelle force anti-gangs pourra t-elle vraiment changer la...

Haïti Sécurité : la nouvelle force anti-gangs pourra t-elle vraiment changer la donne ?

©️photo : PIP

Port-au-Prince, le 2 avril 2026.- La Force de Suppression des Gangs (FSG) prend le relais de la MMAS ce mois d’avril 2026, peu de temps après le tragique massacre à Jean Denis dans le département de l’Artibonite.
Soutenue par l’ONU, cette nouvelle mission internationale promet une approche plus offensive. Cependant, entre le scepticisme des experts sur le traitement des causes profondes et le spectre des échecs passés, la question demeure : cette force peut-elle réellement stabiliser le pays ou ne fera-t-elle que prolonger l’agonie institutionnelle ?

La FSG est dotée d’un mandat plus « musclé » que la précédente Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS). Avec des effectifs renforcés, notamment par des gendarmes tchadiens, son objectif est clair : briser l’hégémonie des gangs qui contrôlent la majeure partie de la capitale et qui s’étendent dans les provinces. Mais comme le souligne le Directeur de la recherche internationale au Center for Economic and Policy Research (CEPR), Jake Johnston dans un entretien accordé à RFI, cette létalité accrue ne s’accompagne pas d’un plan de consolidation de la paix. Sans une réforme de la police nationale impliquée dans une part importante des décès violents et un rétablissement de la confiance citoyenne, la FSG risque de n’être qu’un pansement sur une plaie béante.

Le poids de l’histoire : des missions en quête de bilan

L’arrivée de la FSG s’inscrit dans une longue lignée d’interventions internationales en Haïti, souvent marquées par des bilans mitigés, voire tragiques :

  • La MINUSTAH (2004-2017) : Bien qu’ayant apporté une stabilité relative, elle reste entachée par des scandales d’abus sexuels et l’introduction de l’épidémie de choléra.
  • La MINUJUSTH (2017-2019) : Censée renforcer l’État de droit, elle a vu la situation sécuritaire se dégrader rapidement après son départ.
  • La MMAS (2024-2025) : Menée par le Kenya, elle a peiné à contenir l’expansion des gangs, faute de moyens et de coordination suffisante avec les forces locales.

Chaque mission semble avoir privilégié le maintien du statu quo politique plutôt que la reconstruction structurelle de l’État.

Le piège de la solution purement sécuritaire

Le véritable défi pour la FSG ne réside pas seulement dans le désarmement des gangs, mais dans la rupture des liens entre le politique, l’économique et le criminel. L’émergence de brigades d’autodéfense civile illustre la faillite de l’État : quand le citoyen ne croit plus en sa police, il se tourne vers la justice populaire, oeil pour oeil, dent pour dent, créant un cycle de violence incontrôlable.

Pour que la FSG ne soit pas un énième échec, elle devra prouver qu’elle n’est pas qu’un outil de gestion migratoire pour les États-Unis, mais le premier jalon d’un processus de paix inclusif menant à des élections légitimes.

Sans ce volet politique, le décollage de la FSG risque de ressembler à celui d’une fusée sans trajectoire : impressionnant au départ, mais incapable d’atteindre sa cible.

W. A.