Pierre Chauvet•©️photo : Ticket Magazine
Port-au-Prince, le 27 mars 2026.- Invité sur Radio Magik 9, Pierre Chauvet a retracé la genèse de la Fondation des amis de la nature (FAN), née dans la foulée de la chute de la dictature en 1986. Entre mobilisation citoyenne, combats environnementaux et scandales internationaux comme celui des déchets toxiques, il revient sur 40 ans d’engagement écologique en Haïti.
Quarante ans après la création de la Fondation des amis de la nature (FAN), Pierre Chauvet replonge dans le contexte historique qui a vu émerger ce mouvement. À la suite du 7 février 1986, marqué par la chute du régime autoritaire et une libération de la parole, une nouvelle dynamique citoyenne s’installe en Haïti. Dans cet élan, des jeunes engagés, réunis notamment autour de l’église Saint-Gérard, lancent une réflexion sur l’avenir environnemental du pays.
De cette effervescence naît le concept d’« Haïti vert », une vision visant à répondre au déboisement massif et à la dégradation des ressources naturelles. Encadré par des figures comme le professeur Joseph Bernard, le mouvement s’organise progressivement autour d’actions concrètes, dont la rédaction d’un manifeste et l’organisation, dès avril 1986, de la première « marche verte ». Cette mobilisation visait à sensibiliser la population à la responsabilité collective face à la crise écologique.
Trois axes structurent alors l’engagement de la FAN : la conscientisation, la mobilisation citoyenne et l’éducation environnementale. Au-delà des discours, il s’agissait d’ancrer dans l’esprit de chaque Haïtien que la protection de l’environnement relève d’un devoir collectif, dépassant les responsabilités de l’État.
L’un des moments marquants de cette lutte reste le scandale des déchets toxiques à la fin des années 1980. En collaboration avec l’organisation Greenpeace, des militants haïtiens dénoncent l’arrivée de milliers de tonnes de déchets en provenance de Philadelphie, déversés sur le territoire sous de fausses déclarations. Cette affaire met en lumière les enjeux internationaux liés au trafic de déchets dangereux et déclenche une mobilisation nationale pour exiger leur retrait.
Selon Pierre Chauvet, ces combats ont contribué à structurer un militantisme écologique en Haïti, à la fois engagé et non partisan, malgré un contexte marqué par l’instabilité politique, les catastrophes naturelles et l’urbanisation anarchique. Il souligne également l’apport d’intellectuels et de chercheurs, tels qu’Albert Mangonès, qui avaient déjà alerté sur les risques environnementaux bien avant 1986.
Aujourd’hui encore, les défis demeurent considérables : déboisement, gestion des déchets, urbanisation incontrôlée. Mais pour Chauvet, l’héritage de la FAN reste essentiel : avoir éveillé une conscience collective et posé les bases d’un engagement citoyen durable en faveur de l’environnement.
W. A.

























