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Samuel Suffren veut réinventer l’image d’Haïti au cinéma avec « Pays poète éternel »

Samuel Suffren

Port-au-Prince, le 25 mai 2026.- Sélectionné à la Fabrique Cinéma 2026 du Festival de Cannes, le réalisateur haïtien Samuel Suffren a présenté, ce lundi 25 mai sur Radio Magik 9, les grandes lignes de son futur long métrage “Pays poète éternel”. Entre autobiographie, mémoire familiale, spiritualité et poésie, le cinéaste entend proposer une autre lecture d’Haïti, loin des récits uniquement centrés sur la violence et l’instabilité. Il a également expliqué les défis de la coproduction internationale qui pourraient repousser le tournage du film à 2028.

Invité de l’émission Panel Magik, Samuel Suffren a d’abord détaillé le long processus de financement auquel sont confrontés les projets cinématographiques internationaux. Selon lui, la sélection de Pays poète éternel à la Fabrique Cinéma constitue une étape majeure, mais le projet doit encore réunir des partenaires étrangers avant son tournage.

Le réalisateur a expliqué que les calendriers des fonds internationaux imposent des délais importants. Il a notamment cité le fonds norvégien Sørfond, qui exige que les producteurs disposent déjà d’au moins 50 % du budget avant de pouvoir déposer un dossier. Dans ce contexte, le tournage du film pourrait finalement être programmé en 2028.

Samuel Suffren a également évoqué son parcours récent dans les plus grands festivals internationaux. Sa trilogie de courts-métrages, inspirée de l’histoire de son père, l’a conduit successivement au Festival de Locarno en 2022, à Sundance en 2024, puis au Festival de Cannes en 2025. Il a aussi remporté une distinction au prestigieux Festival de Clermont-Ferrand, considéré comme l’un des plus importants rendez-vous mondiaux du court-métrage.

Avec “Pays poète éternel”, le cinéaste poursuit toutefois une démarche plus intime encore. Cette fois, il dit explorer la figure maternelle et son propre rapport à la poésie, à la spiritualité et à l’histoire politique d’Haïti. Le film s’inspire notamment du parcours de sa mère, dactylographe, et de son immersion précoce dans la littérature et la poésie haïtiennes.

Le réalisateur affirme vouloir raconter Port-au-Prince autrement, à travers ses contradictions, ses croyances et sa richesse culturelle. Le récit se déroule dans le contexte politique des années 2000, marqué notamment par le départ de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide en 2004, un épisode qui nourrit la toile de fond du film sans en constituer le sujet principal.

Pour Samuel Suffren, Haïti demeure avant tout « une terre de poètes ». Il estime que l’image internationale du pays est trop souvent réduite aux crises sécuritaires et politiques. Son ambition est donc de restituer au cinéma la profondeur culturelle, spirituelle et poétique de la société haïtienne, sans nier les réalités difficiles qui traversent le pays.

Le cinéaste reconnaît qu’il s’agit d’un véritable défi artistique, mais aussi d’une nécessité personnelle. « Montrer Haïti autrement », dit-il, représente à la fois une démarche intime et une manière de résister aux représentations réductrices du pays sur la scène internationale.

W. A.