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Mort de Stéphora Joseph : la société dominicaine se mobilise, entre solidarité, indignation et questions cruciales

Edwin Paraison, représentant de la Fondation Zile•©️Listín Diario

Santo Domingo, le 8 décembre 2025.- La mort tragique de Stéphora Joseph, 11 ans, continue de secouer la République dominicaine. Sa mère, Lovelie Joseph, reçoit un rare élan de solidarité nationale, tandis que la justice poursuit son enquête et que le débat sur le racisme envers les élèves haïtiens refait surface. Entre soutien populaire, interventions d’acteurs politiques majeurs et zones d’ombre entourant les vidéos de l’incident, l’affaire révèle l’extrême complexité de la condition haïtienne en terre voisine.

Une solidarité nationale autour d’une mère haïtienne

Selon Edwin Paraison, représentant de la Fondation Zile, dans un entretien accordé à la radio Magik9 ce lundi 8 décembre, la réaction de la société dominicaine a été massive et exemplaire. « ce n’est pas quelques personnes isolées… c’est toute la société qui s’est levée », souligne-t-il. Sur X et Instagram, des voix influentes, dont le réputé juriste dominicain Dr Félix Portes, ont exprimé leur indignation et offert assistance légale gratuite à la famille.

Du côté des autorités, trois figures majeures se sont prononcées :

  • la vice-présidente Raquel Peña;
  • la première dame;
  • la ministre de l’Intérieur;
    ainsi que la procureure générale. Toutes ont exigé une enquête complète et transparente.

Une affaire révélatrice d’un malaise profond dans les écoles dominicaines

Le dossier Stéphora met en lumière un paradoxe lourd : l’élève était reconnue comme brillante, méritante, valorisée par son école, mais exposée à des formes persistantes d’exclusion liées à son origine et à sa couleur de peau.

Edwin Paraison rappelle que des dizaines de milliers d’élèves haïtiens fréquentent les écoles dominicaines, souvent sans dispositifs éducatifs prévus pour prévenir ou gérer les discriminations. L’affaire relance la nécessité d’une politique d’éducation à la tolérance, notamment envers les enfants haïtiens victimes de moqueries racisées. La pression psychologique subie par la fillette était telle que, selon Paraison, « elle en était arrivée à vouloir changer sa couleur de peau ».

Une enquête sous tension : vidéos éditées, angles morts et doutes persistants

L’enquête en cours du ministère public avance, mais plusieurs zones d’ombre subsistent. Les vidéos circulant en ligne seraient éditées, selon les avocats de la famille qui réclament désormais l’accès aux enregistrements complets. Des médias de Santiago évoquent l’hypothèse d’une intervention externe, impliquant possiblement d’autres élèves, hypothèse renforcée par certains éléments décrits par des journalistes dominicains. L’école, reconnue pour son excellence, fait face à une accusation de homicide involontaire, et la pression médiatique l’a contrainte à anticiper les vacances de Noël.

Edwin Paraison recommande une approche psychologique adaptée pour interroger les camarades de classe : « Ce sont des enfants de 11 ans, affectés, qui doivent parler dans les meilleures conditions. » Au-delà du drame individuel, la mort de Stéphora Joseph devient un symbole en République dominicaine et à l’international. Plusieurs médias étrangers, dont le Miami Herald, suivent déjà le dossier.

Pour Paraison, « toute la lumière doit être faite », non seulement pour rendre justice, mais aussi pour ouvrir un débat national sur la condition des enfants haïtiens, entre intégration, racisme et vulnérabilité.

W. A.