Port-au-Prince, le 24 avril 2026.- À Jacmel, ville culturelle du sud-est d’Haïti, deux jeunes femmes incarnent une dynamique rare : celle d’une jeunesse qui franchit les frontières pour exister sur des scènes internationales. Ariana Milagro Lafond s’est illustrée dans la compétition africaine House of Challenge, tandis qu’Abigaïl Alexandre a remporté en France le plus grand concours art oratoire francophone «Éloquentia». Deux parcours distincts, mais une même origine et une même ambition: réussir loin de chez soi.
Jacmel, entre mémoire culturelle et départs silencieux
Le matin, Jacmel garde son rythme particulier : les rues animées, les ateliers d’art, les conversations qui mêlent français, créole et imaginaire local. Mais derrière cette vie culturelle reconnue, une autre réalité s’installe : celle d’une jeunesse qui rêve souvent ailleurs.
C’est dans ce contexte que grandissent Ariana Milagro Lafond et Abigaïl Alexandre. Deux parcours qui ne sont pas nés de la visibilité immédiate, mais d’un travail progressif, souvent discret, loin des projecteurs.
Ariana Milagro Lafond : l’épreuve de la scène internationale
Lorsque Ariana Milagro Lafond intègre la compétition House of Challenge, elle entre dans un univers où la performance est constante et la pression permanente. Sur les plateaux africains de la compétition, les épreuves s’enchaînent. Il faut s’adapter, performer, résister. Pour une jeune Haïtienne, l’expérience est autant culturelle que compétitive : nouveaux codes, nouveaux regards, nouvelles attentes.
Dans une vidéo devenue virale, Ariana laisse éclater un message qui a dépassé le cadre du divertissement pour toucher une corde sociale et émotionnelle :
« Un jour il y aura la liberté en Haïti…
un jour il y aura la paix en Haïti…
un jour on vivra tranquillement en Haïti…
un jour Haïti changera…
un jour tout va changer pour Haïti…
on a déjà tout prouvé…
on est riches de cœur, on est riches, on est riches !!! »
Dans le ton, dans l’intensité, dans la répétition, beaucoup y ont vu un cri d’espoir, mais aussi une forme de rappel : celui d’un pays où la jeunesse se sent capable, mais pas toujours accompagnée.
Abigaïl Alexandre : la parole comme construction
En France, dans les amphithéâtres et les scènes d’Éloquentia, Abigaïl Alexandre s’inscrit dans une autre forme d’épreuve : celle du langage.
Ici, il ne s’agit pas de performance physique, mais de structure de pensée, de maîtrise du rythme, de capacité à convaincre. L’éloquence devient un exercice total : intellectuel, émotionnel et technique.
Face au public, Abigaïl apprend à transformer la parole en outil. Chaque phrase doit porter une idée. Chaque silence devient stratégique. Dans cet univers, la victoire ne récompense pas seulement la voix, mais la rigueur de la construction mentale.
Deux parcours, deux formes de discipline
Ariana et Abigaïl ne partagent pas seulement une origine géographique. Elles partagent une logique : celle de l’exigence.
L’une dans l’univers de la compétition scénique internationale, l’autre dans celui de l’éloquence académique. Deux mondes différents, mais un même socle : le travail invisible, la répétition, la discipline personnelle.
Jacmel, fil discret mais constant
Dans les deux parcours, Jacmel apparaît moins comme un décor que comme un point de départ silencieux. Une ville qui ne produit pas seulement des artistes ou des intellectuels, mais des trajectoires qui s’exportent.
Cette réalité interroge : pourquoi certains talents trouvent-ils leur pleine reconnaissance hors d’Haïti avant de l’obtenir dans leur propre pays ?
Une jeunesse entre potentiel et éloignement
Les histoires d’Ariana Milagro Lafond et d’Abigaïl Alexandre mettent en lumière une jeunesse haïtienne capable de s’adapter à des environnements internationaux exigeants. Mais elles révèlent aussi une tension structurelle : celle d’un pays où le potentiel existe, mais où les cadres d’expression et d’accompagnement restent limités.
Deux voix, une même trajectoire d’élévation
Ariana Milagro Lafond et Abigaïl Alexandre ne racontent pas seulement deux succès individuels. Elles dessinent une trajectoire générationnelle : celle d’une jeunesse jacmélienne qui s’élève en dehors de ses frontières, portée par le travail, la discipline et la volonté de se faire entendre. Entre la scène africaine et les tribunes françaises, leurs parcours racontent une même réalité : celle d’une jeunesse qui avance, même lorsque le chemin commence loin des projecteurs.
R.J.

























