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Haïti-République dominicaine : timide relance du dialogue, entre espoir aérien et flou diplomatique

CP: Le Nouvelliste

Port-au-Prince, le 20 avril 2026.- Invité ce lundi 20 avril 2026 sur Panel Magik, Edwin Paraison de la Fondation Zile a analysé la reprise du dialogue entre Haïti et la République dominicaine. Si la réouverture annoncée de l’espace aérien, notamment pour le 1er mai, suscite de l’espoir, de nombreuses zones d’ombre persistent, notamment sur les visas, la sécurité frontalière et les mécanismes de coopération bilatérale.

La reprise du dialogue entre Haïti et la République dominicaine intervient dans un contexte historiquement tendu, marqué récemment par la militarisation de la frontière décidée par le président dominicain Luis Abinader et la fermeture des axes aériens, terrestres et maritimes. Selon Edwin Paraison, ces mesures ont profondément affecté les relations entre les deux pays, déjà fragilisées par des différends migratoires et sécuritaires.

L’ancien diplomate rappelle toutefois que des tentatives de rapprochement ont existé, notamment sous l’égide de l’Organisation des États américains (OEA), sans résultats concrets durables. Il souligne en particulier la déclaration conjointe de janvier 2021, considérée comme l’une des plus importantes des quarante dernières années, qui avait posé les bases d’une coopération sur plusieurs axes stratégiques : migration, sécurité, énergie et santé.

Parmi les avancées évoquées figurent la mise en place de programmes de documentation pour les Haïtiens vivant en territoire dominicain, ainsi que des projets d’infrastructures, notamment hospitalières, le long de la frontière. La question énergétique avait également été abordée, avec l’idée pour la République dominicaine de fournir de l’électricité à Haïti.

Cependant, ces engagements n’ont pas été pleinement concrétisés. Paraison met en lumière plusieurs points de blocage persistants : la gestion des flux migratoires, le retour de ressortissants haïtiens impliqués dans des activités criminelles sans identification claire, ainsi que les tensions liées à la dénationalisation de Dominicains d’origine haïtienne.

La question des visas reste également au cœur des préoccupations. Depuis 2023, les restrictions imposées par la République dominicaine compliquent la mobilité des Haïtiens, notamment ceux disposant de visas américains, canadiens ou Schengen. L’absence de clarté sur une éventuelle reprise des services consulaires, notamment à Pétion-Ville, alimente les incertitudes.

Malgré ces défis, un signal positif émerge : la reprise annoncée des vols entre le Cap-Haïtien et certains aéroports dominicains à partir du 1er mai. Si les destinations précises restent à confirmer, Santiago ou Punta Cana étant évoqués, cette décision pourrait marquer une première étape vers une normalisation progressive des relations.

Pour Edwin Paraison, cette relance du dialogue doit impérativement s’accompagner de mesures concrètes et transparentes. Sans avancées sur les questions migratoires, sécuritaires et consulaires, le rapprochement entre les deux pays risque de rester symbolique.

W.A