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Port-au-Prince, le 7 juillet 2025.-Quatre ans après l’assassinat brutal du président Jovenel Moïse dans sa résidence privée à Pèlerin 5, commune de Pétion-Ville, le 7 juillet 2021, le chemin vers la justice semble toujours aussi incertain. Alors que la veuve de l’ancien chef d’État, Martine Moïse, redoute pour sa sécurité, des voix s’élèvent pour dénoncer les lacunes et manipulations dans l’enquête judiciaire. Avocats, défenseurs des droits humains et anciens collaborateurs dénoncent une instruction bâclée, des pressions politiques et un effacement progressif de la mémoire du président assassiné.
La date du 7 juillet marque désormais une profonde blessure dans l’histoire contemporaine d’Haïti. Quatre ans après l’assassinat du 58e président de la République, SEM Jovenel Moïse, la justice demeure au point mort, nourrissant frustration, colère et soupçons.
Dans une interview exclusive accordée à la station Magik 9 ce lundi 7 juillet , l’avocat Emmanuel Jeanty, représentant légal de l’ancienne Première Dame Martine Moïse, a qualifié l’ordonnance rendue par le juge instructeur Walter Wesser Voltaire de « honte judiciaire ». Me Jeanty a révélé que sa cliente ne s’est toujours pas présentée devant la justice, en raison de menaces persistantes contre sa vie. Selon lui, Martine Moïse aurait survécu à trois autres tentatives d’assassinat après celle qui a coûté la vie à son mari en juillet 2021.

De son côté, le Directeur exécutif du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), Pierre Espérance, invité au Panel Magik, déplore l’absence de progrès significatif dans ce dossier. Selon lui, le flou demeure sur le mobile du crime et sur les véritables auteurs intellectuels, en raison d’une gestion politique et policière défaillante dès les premières heures de l’enquête.

« L’enquête préliminaire de la DCPJ a été bâclée, l’instruction a été mal conduite, et l’implication directe de l’ancien directeur général de la PNH, Léon Charles, a empêché une véritable autonomie des enquêteurs », affirme M. Espérance. Il critique également le manque de collaboration de certains proches du président, notamment l’absence de témoignage de Martine Moïse.
Par ailleurs, il conteste la version des faits véhiculée par l’équipe de défense de Martine Moïse. Contrairement aux déclarations de Me Jeanty affirmant que l’ancienne Première Dame a été atteinte de plusieurs projectiles, Pierre Espérance assure qu’elle n’a été touchée que par une seule balle.
Pour sa part, l’ancien conseiller du président Moïse, Guichard Doré, exprime également sa déception face à l’enlisement du dossier. Il évoque « trois types d’assassinat » subis par Jovenel Moïse : physique, de caractère et mémoriel. Guichard Doré en appelle à une mobilisation de l’appareil judiciaire pour redonner un sens à la quête de justice.

En ce 7 juillet, la mémoire du président Jovenel Moïse reste vive chez certains, mais les institutions chargées de faire la lumière sur son assassinat continuent de susciter plus de doutes que d’espoirs. Le temps passe, la douleur reste, et l’impunité persiste.
W.A.
























