Port-au-Prince, le 4 août 2025.- Les récentes déclarations du ministre de l’éducation nationale et de la formation professionnelle, Antoine Augustin, affirmant que l’État haïtien n’a pas de foi et qu’on ne peut pas obliger les élèves à prier dans les écoles républicaines, marquent un tournant dans le débat sur la laïcité en Haïti. En insistant sur le fait que « nous ne sommes ni en Iran ni au Vatican », le ministre rappelle que l’État haïtien est constitutionnellement laïc. Cette mise au point, aussi logique que légitime, a toutefois suscité de vives interrogations et critiques, tant elle semble entrer en contradiction avec certaines pratiques officielles.
En effet, il est difficile d’ignorer que les présidents successifs – y compris ceux adoptant le titre durant la transition – assistent systématiquement à des Te Deum lors de grandes cérémonies d’État. Ces messes solennelles, empreintes de symbolisme religieux, sont perçues par beaucoup comme une bénédiction nécessaire à toute entreprise politique. Pourtant, si l’État ne doit pas imposer la prière à l’école, pourquoi continue-t-il d’associer sa légitimité à des rituels religieux ?
Cette incohérence entre le discours politique et les gestes protocolaires alimente un flou nuisible autour du principe de laïcité. Car la laïcité n’est pas l’ennemie de la foi : elle en est la garante. Elle permet à chacun – croyant ou non – d’évoluer librement dans l’espace public, sans pression religieuse. L’école, en tant qu’institution républicaine, ne peut être un lieu d’endoctrinement ni un espace où l’on impose des pratiques spirituelles.
En défendant ce principe, le ministre fait un pas courageux vers une clarification indispensable. Mais pour que cette position ait du poids, elle doit être portée avec constance à tous les niveaux de l’État. Le respect de la neutralité religieuse doit s’exprimer autant dans les classes que dans les grandes cérémonies officielles. Sinon, le message envoyé reste ambigu : une école qui prône la neutralité, mais un État qui se fait bénir.
Haïti, pays aux racines spirituelles profondes, doit apprendre à distinguer foi personnelle et neutralité institutionnelle. C’est à ce prix que l’on construira un État républicain fort, respectueux de toutes les croyances et véritablement au service de tous.
La rédaction




























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