Delmas, le 1er mai 2026.- Une enquête d’InfoNation révèle un phénomène inquiétant : des femmes sont proposées sur Market Place comme de simples marchandises, avec des tarifs clairement affichés. Derrière cette réalité, un système structuré, une précarité économique extrême et une jeunesse livrée à elle-même. Entre banalisation et “institutionnalisation” de la prostitution, c’est toute une société qui vacille.
En Haïti, Market Place n’est plus seulement un espace de vente de biens et services. Selon une enquête menée par la rédaction d’InfoNation, la plateforme est désormais utilisée pour proposer… des femmes, à des fins sexuelles, avec une organisation qui ressemble à une véritable entreprise.
Les offres sont explicites, tarifées et structurées. Derrière ces annonces, un réseau opérant notamment à Delmas met en avant une “disponibilité” de femmes, avec des prix fixes, sans négociation. Le fonctionnement est simple : un client choisit, indique un lieu, souvent un hôtel et la prestation est livrée en moins d’une heure.

Au-delà du choc, c’est la mécanique qui interpelle. Contacté dans le cadre de l’enquête, un responsable affirme que plusieurs femmes sont disponibles en permanence. Il évoque des “mesures de protection”, mais aucun cadre légal, sanitaire ou institutionnel ne semble encadrer cette activité.
Plus troublant encore, un catalogue de femmes est envoyé aux clients potentiels. Des images soigneusement sélectionnées, des profils mis en avant une logique commerciale froide, où le corps devient produit.
Un autre élément troublant renforce l’ampleur du phénomène : cette structure disposerait également d’un canal WhatsApp regroupant plus d’un millier d’abonnés. Sur cet espace privé, les offres seraient diffusées de manière plus régulière et ciblée, avec une interaction directe entre les administrateurs et les clients potentiels. Cette présence numérique, organisée et suivie, laisse entrevoir un système bien installé, qui dépasse largement le cadre d’annonces isolées pour s’inscrire dans une logique de réseau.
Le témoignage qui dérange
La jeune femme sélectionnée et rencontrée dans le cadre de cette enquête incarne à elle seule la tragédie sociale qui nourrit ce système.
Âgée de 26 ans, vivant à Delmas, elle a dû abandonner ses études et partage le quotidien difficile de sa famille. Serveuse dans un bar, elle explique passer parfois plusieurs mois sans être payée. Face à cette instabilité, elle affirme n’avoir “pas d’autre choix” que de monnayer son corps pour survivre.
Elle révèle également une réalité alarmante : selon elle, une grande partie des femmes travaillant dans les boîtes de nuit seraient impliquées dans ce type de pratiques. Une affirmation difficile à vérifier, mais qui témoigne d’un phénomène qui dépasse les cas isolés.
Sur chaque prestation, elle reçoit environ 57 % du montant payé par le client. Une forme de “commission” qui confirme l’existence d’un système organisé, presque industrialisé.
Quand la prostitution change de visage
Ce qui choque ici, ce n’est pas seulement l’existence de la prostitution, une réalité ancienne dans toutes les sociétés, mais sa transformation.
Aujourd’hui, elle devient :
- numérisée (via les plateformes en ligne),
- structurée (avec des intermédiaires et des “catalogues”),
- banalisée (intégrée dans des espaces publics numériques).
On assiste à une forme de “prostitution modernisée”, presque normalisée, où les codes du commerce classique sont appliqués au corps humain.
Une jeunesse piégée par la misère
Derrière ce phénomène, une cause principale revient sans cesse : la précarité économique. Chômage massif, absence d’opportunités, salaires irréguliers, explosion du coût de la vie… autant de facteurs qui poussent des jeunes femmes et parfois des jeunes hommes vers des solutions extrêmes.
Dans un pays où survivre devient un combat quotidien, le corps devient parfois la dernière ressource.
Un silence inquiétant
Face à cette réalité, plusieurs questions se posent :
- Où sont les autorités ?
- Existe-t-il un contrôle des contenus diffusés sur ces plateformes ?
- Quelles politiques publiques pour protéger ces jeunes ?
L’absence de réponse claire laisse penser à une forme de tolérance implicite, voire d’impuissance.
Ce que révèle cette enquête dépasse le simple scandale. C’est le symptôme d’une société en crise, où la dignité humaine se négocie sous pression économique.
Si rien n’est fait, ce phénomène risque de s’étendre, de se normaliser davantage et de transformer durablement les rapports sociaux.
Car au fond, la vraie question est la suivante :
jusqu’où une société peut-elle aller quand survivre devient plus important que vivre ?
W. A.





















