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Coopération et mobilité : 80 ans de l’Institut français au service de l’enseignement en Haïti

 

Une table ronde organisée par Campus France et ses partenaires pour évaluer les progrès et envisager l’avenir de l’enseignement supérieur en Haïti
 

Par Quetya Aubin
 
À l’occasion du 80ᵉ anniversaire de l’Institut français en Haïti (IFH), le 7 décembre 2025, Campus France, structure chargée de la mobilité académique au sein de l’Ambassade de France et de l’IFH, a organisé une table ronde consacrée à l’enseignement supérieur le 4 décembre 2025, au Lycée Alexandre Dumas sous le thème : « Coopération universitaire et mobilité : où en est Haïti, et où allons-nous ? » Réunissant responsables universitaires, partenaires internationaux, acteurs financiers et représentants de la société civile, elle a offert un cadre de réflexion collective sur la coopération universitaire internationale. Ce compte-rendu propose une analyse descriptive et prospective des échanges, mettant en évidence la mobilité académique comme investissement stratégique, les tensions entre fuite des cerveaux et retour des compétences, ainsi que l’émergence d’un paradigme fondé sur le partenariat scientifique équitable.

L’enseignement supérieur haïtien occupe une place centrale dans les enjeux de développement, de souveraineté et de reconstruction institutionnelle. Pourtant, il demeure marginal dans les politiques publiques. Le mot d’introduction à la tableronde a été prononcé par le directeur de l’Enseignement supérieur et de la Recherche du Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle (MENFP), Monsieur Judson Jean Joseph et  la Docteure Guerlande Bien-Aimé de l’Université Quisqueya en a été la modératrice. Cette table-ronde a réuni le Directeur de Cabinet du Recteur de l’Université d’Etat d’Haïti, Monsieur Bildadson Cadélus, le Vice-recteur à la recherche et à l’innovation de l’Université Quisqueya, Monsieur Evens Emmanuel, la présidente de la FOKAL, Mme Michèle D. Pierre-Louis, le Gouverneur de la Banque de la République d’Haïti, Monsieur Ronald Gabriel etle directeur d’Expertise France en Haïti, Monsieur David Bruchon.

La diversité des intervenants (universités publiques et privées, coopération internationale, secteur financier, société civile et bénéficiaire de bourses), a permis d’aborder l’enseignement supérieur comme un levier stratégique à la confluence de la gouvernance, du développement économique et de la transformation sociale. La mobilité académique y est pensée non plus comme un parcours individuel, mais comme un investissement collectif inscrit dans le long terme. Cette perspective collective, enrichie par les témoignages des participants, souligne comment la mobilité peut transformer les défis structurels en opportunités de renforcement institutionnel, favorisant une résilience accrue face aux crises politiques et sécuritaires persistantes en Haïti.
 
Institut Français

L’Institut français est l’opérateur pivot du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et du ministère de la Culture dans la mise en œuvre de la politique culturelle extérieure de la France. Ses missions sont le soutien et l’animation du réseau de coopération et d’action culturelle français à l’étranger i) l’accompagnement des créateurs et créatrices et des industries culturelles et créatives françaises dans leur développement à l’échelle internationale ii) le renforcement du dialogue entre les cultures et les sociétés iii et enfin la promotion de la langue française et du plurilinguisme (https://www.institutfrancais.com/fr/qui-sommes-nous). Cette entité joue un rôle essentiel dans la diffusion des valeurs culturelles françaises tout en favorisant des échanges mutuellement enrichissants avec les pays partenaires, comme en Haïti où elle s’adapte aux contextes locaux pour promouvoir l’éducation et la créativité.

L’Institut Français d’Haïti (IFH), fondé en 1945 sous la direction de Pierre Mabille et inauguré le 7 décembre en présence du président Élie Lescot et des figures intellectuelles haïtiennes majeures de l’époque, se veut incarner une histoire de résilience à l’image d’Haïti elle-même. Comme l’a souligné l’ambassadeur français Antoine Michon dans son discours commémoratif, cet anniversaire dépasse la dimension culturelle pour révéler l’essence du lien franco-haïtien, fondé sur une histoire partagée et une volonté commune de bâtir un avenir basé sur le dialogue, la connaissance et la liberté. Historiquement engagé dans l’enseignement supérieur, l’IFH transcende la diplomatie culturelle en s’inscrivant dans la formation des enseignants et des cadres universitaires, contribuant ainsi à la souveraineté éducative nationale.

Au fil de huit décennies, l’IFH a tissé des liens durables entre Haïti, la Francophonie et le monde académique international, avec des initiatives phares comme le projet Tanbou, financé par l’Agence Française de Développement (AFD) et mis en œuvre en partenariat avec la FOKAL, lequel professionnalise les acteurs culturels haïtiens via des résidences, bourses et réseaux internationaux. L’IFH maintient également une offre culturelle dynamique – spectacles, cinéma, expositions, débats et ateliers – souvent en collaboration avec le réseau des Alliances Françaises, nourrissant le dialogue interculturel et offrant des espaces d’expression essentiels pour la jeunesse haïtienne. Son bilan témoigne d’une double vocation : promouvoir la culture francophone tout en renforçant les compétences académiques des Haïtiens en ouvrant des opportunités de formation et d’échange à l’échelle internationale, même dans un contexte marqué par des crises successives.
 
Campus France

Campus France est un établissement public chargé de la promotion de l’enseignement supérieur français à l’étranger et de l’accueil des étudiants et des chercheurs étrangers en France. Il encourage la mobilité internationale, gère des programmes de bourses et anime le réseau des alumni. Sa principale mission est de promouvoir l’enseignement supérieur français. C’est un établissement public placé sous la double tutelle du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Son action est menée en concertation avec les établissements d’enseignement supérieur et leurs conférences représentatives : France Universités, la conférence des grandes écoles (CGE) et la conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (CDEFI).

Campus France met à disposition des étudiants et des chercheurs étrangers des outils pour qu’ils connaissent mieux les établissements supérieurs français et qu’ils puissent trouver celui qui convient à leur projet. Il accompagne également les établissements d’enseignement supérieur et les organismes de recherche français dans leur stratégie de développement à l’international. Cette approche globale favorise non seulement l’attractivité de la France comme destination académique, mais aussi la création de partenariats durables qui contribuent au développement mutuel des pays impliqués.

En Haïti, Campus France opère au sein de l’Institut Français, jouant un rôle déterminant dans la mobilité académique via son espace qui lui est dédié en accompagnant les étudiants haïtiens ou résidents en Haïti souhaitant poursuivre leurs études en France. Cet accompagnement englobe l’orientation, l’aide à l’admission, l’information sur les programmes et le suivi des anciens étudiants, renforçant ainsi le capital humain des jeunes Haïtiens et créant des passerelles avec les universités françaises ou européennes. Dans le contexte des 80 ans de l’IFH, Campus France en Haïti illustre l’engagement concret de la France envers la mobilité internationale, avec des programmes comme Anténor Firmin pour la mobilité doctorale ou ELAN-Interreg pour les échanges régionaux, aidant plus de 4000 étudiants haïtiens annuellement à embrasser s leur avenir avec conviction tout en posant les bases d’un retour de ces s compétences au pays.
 
État des lieux de l’enseignement supérieur haïtien et défis structurels

Monsieur Jean Judson Joseph, a dressé un état des lieux précis du sous-secteur de l’enseignement supérieur, axé sur une Université d’État d’Haïti structurée autour de 23 entités distinctes, des universités publiques régionales en développement et d’une offre privée numériquement dominante. Les formations sont majoritairement concentrées au niveau de la licence, tandis que celles donnant lieu aux masters et doctorats sont peu nombreux. Cette faiblesse structurelle limite la capacité nationale de recherche et accentue la dépendance externe pour la formation avancée. La référence à la loi de 1955 régissant les boursiers de l’État illustre les tensions persistantes entre un cadre normatif ancien et les réalités sociales contemporaines. Malgré ces contraintes, l’UEH fait preuve d’une résilience notable. Les expériences de masters délocalisés, notamment en partenariat avec l’université Paris 8, ont permis de former localement des enseignants et de maintenir une continuité académique malgré les crises. Toutefois, l’exode des enseignants et la précarisation des conditions de vie et de travail académique demeurent des obstacles majeurs, nécessitant une réforme urgente pour aligner les politiques publiques sur les enjeux de développement.
 
Coopération historique, souveraineté éducative et cadres institutionnels

Les quinze dernières années ont vu un renforcement des dispositifs de coopération académique internationale, notamment à travers des programmes de mobilité et de recherche. Toutefois, l’instabilité politique, les crises sécuritaires et la faiblesse des infrastructures universitaires ont impacté ces dispositifs. Sur le plan scientifique, la coopération franco-haïtienne demeure riche, variée et réussit à s’adapter remarquablement, malgré la complexité du contexte. A ce jour, elle demeure à la fois, l’un des piliers solides de la relation entre la France et Haïti, qui génère une expertise haïtienne et française de haut niveau.

Cette coopération s’illustre au quotidien à travers de nombreux outils dont : le programme de mobilité doctorale « AnténorFirmin » en partenariat avec l’Ambassade de France en Haïti, l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), la Banque de la République d’Haïti, couplée avec l’Institut de Recherche pour le développement (IRD). En outre, il convient de mentionner également le programme de mobilité en master, (en partenariat avec l’Ambassade de France en Haïti, la Banque de la République d’Haïti (BRH) et la fondation Sogebank), les financements directs pour la consolidation des masters, notamment à la Faculté des Sciences et à l’École Normale Supérieure (ENS) de l’Université d’État d’Haïti (UEH), des appuis à une dizaine d’accords interuniversitaires actifs dans plusieurs domaines (géosciences, agro-écologie, environnement, santé, sciences sociales, linguistique…) dont certains sont renforcés par le programme Erasmus+, l’octroi de subventions en appui aux laboratoires et Écoles doctorales de l’UEH, de l’Université Quisqueya (UniQ) et de l’École Supérieure d’Infotronique d’Haïti (ESIH).

Par ailleurs, les échanges de cette table ronde ont également révélé le déficit de gouvernance stratégique de l’enseignement supérieur qui fonctionne sans coordination institutionnelle claire, ni vision à long terme. Dans de telle conditions, la coopération et la mobilité risquent de produire des effets fragmentés et de renforcer les fragilités existantes, plutôt que de les corriger. Ces outils, enrichis par des Laboratoires Mixtes Internationaux (LMI) comme CARIBACT pour les géosciences ou ELDORADO pour les maladies liées aux changements climatiques, démontrent comment la coopération peut s’adapter aux crises pour générer une expertise mutuelle et soutenir l’autonomie institutionnelle haïtienne.
 
Pour une politique de coopération de l’université haïtienne

Aujourd’hui, il est préférable de parler de partenariat plutôt que de coopération, car le partenariat implique une collaboration horizontale entre acteurs autonomes, respectant l’équité et les droits de chacun, comme défini dans la littérature sur le développement. Pour l’université haïtienne, cela signifie développer des partenariats scientifiques équitables Nord-Sud, axés sur la production commune de connaissances pour le développement durable et les Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment l’ODD 17 sur les partenariats mondiaux. Face aux inégalités – comme l’accès limité aux bases de données, au financement, aux publications à fort impact ou aux conditions de travail – l’université haïtienne doit poser des questions clés : comment inscrire la science du Sud dans une dynamique équitable avec le Nord ? Quels impacts ces asymétries ont-elles sur la culture scientifique au Sud ? Quelles approches horizontales le Nord peut-il adopter pour une recherche collective vers les ODD ? Et quels domaines, invisibilisés par la science du Nord, comme les savoirs locaux en agro-écologie ou en résilience environnementale, méritent d’être valorisés au Sud ?

En Haïti, cela se traduit par des initiatives comme les Laboratoires Mixtes Internationaux (LMI) de l’IRD, tels que CARIBACT pour les géosciences et les changements climatiques. L’objectif est de renforcer les capacités locales, comme à l’Université d’État d’Haïti (UEH) et l’Université Quisqueya (UniQ), pour un partenariat mutuellement bénéfique, favorisant l’innovation et le bien-être collectif. Cette inflexion conceptuelle, comme l’a plaidé M. Emmanuel lors de la table ronde, appelle à dépasser les logiques asymétriques pour co-construire des agendas de recherche alignés sur les priorités nationales, renforçant ainsi la production scientifique locale et limitant la dépendance externe.
 
Le fonctionnement des mobilités (entrante et sortante) dans l’espace universitaire haïtien : ampleur et responsabilités

Dans son intervention, Monsieur Bildadson Cadélus a présenté le dispositif de mobilité existant à l’UEH, soulignant son importance croissante dans un contexte où de nombreux enseignants s’établissent à l’étranger en raison des crises. Il a insisté sur la nécessité de sortir d’une logique de « coopération isolée » pour adopter une coopération structurée, intégrant la mobilité physique (échanges directs), la mobilité virtuelle (via des plateformes numériques pour des formations à distance) et, à terme, une mobilité hybride adaptée aux réalités nationales comme l’instabilité sécuritaire. Ces dispositifs fonctionnent car ils permettent de maintenir une continuité académique malgré les obstacles, comme les masters délocalisés en partenariat avec l’université Paris 8, qui forment localement des enseignants et renforcent la résilience de l’UEH. Cependant, l’exode des enseignants et la précarisation des conditions de travail restent des défis majeurs, nécessitant une meilleure coordination pour maximiser l’impact sur la reconstruction institutionnelle et la souveraineté éducative.

Plus de 4000 étudiants poursuivent chaque année leurs études dans les universités françaises. Cette mobilité est présentée comme un investissement majeur, assumé comme un pari sur l’avenir du pays. Elle soulève cependant une question centrale : celle du retour des compétences et de leur contribution durable au système académique national.

La table ronde a insisté sur la nécessité de structurer cette mobilité à travers le développement de filières complètes en Haïti, la promotion de thèses en co-direction et la mise en place de dispositifs favorisant l’engagement des diplômés. Les conditions de retour, (accès au logement, au crédit, à des environnements professionnels stables et à des mécanismes de mentorat), ont été identifiées comme déterminantes. Le témoignage d’un des boursiers a incarné la dimension humaine de la mobilité académique. Celle-ci est présentée non comme une fuite, mais comme un acte de résistance intellectuelle et un engagement envers la reconstruction du pays, malgré un contexte structurel contraignant. La mobilité est ainsi repositionnée comme un outil de transformation collective et un projet de société, avec un appel à des alliances multisectorielles pour en maximiser les bénéfices.
 
Femmes et cycles supérieurs : relever le défi de la parité

En tant qu’intervenante, Madame Michèle Duvivier Pierre-Louis a rappelé l’histoire de l’IFH et souligné son rôle pivotal dans le paysage intellectuel haïtien, tout en évoquant les nombreuses collaborations entre l’IFH et la FOKAL pour promouvoir l’accès au savoir. Elle a insisté sur la nécessité de renforcer l’accompagnement des élèves dès le secondaire pour mieux préparer les futurs universitaires et améliorer la qualité globale de l’enseignement supérieur. Concernant l’équité de genre, elle propose des bourses spécifiques pour les étudiantes, des programmes de coaching, des réseaux de soutien pour valoriser les parcours féminins en recherche, et des politiques inclusives dans les institutions pour promouvoir l’égalité et des environnements sécurisés. La FOKAL, à travers ses séminaires, conférences et centres de ressources, appuie déjà la recherche en sciences humaines et sociales, encourageant la publication et la démocratisation de l’enseignement supérieur pour former une élite intellectuelle engagée, avec un focus sur l’inclusion des femmes pour un impact durable sur le développement haïtien.

Lors de cette table ronde, les panélistes ont soulevé une question majeure : la sous-représentation des femmes dans les programmes de deuxième et troisième cycle de l’enseignement supérieur haïtien. Ce constat met en lumière une réalité persistante dans le système universitaire du pays, où les femmes, malgré leur présence significative dans les filières de premier cycle, rencontrent de nombreuses barrières pour accéder aux cycles avancés de formation et à la recherche scientifique. Les acteurs présents ont identifié plusieurs facteurs à l’origine de cette situation. Parmi eux, les contraintes sociales et familiales, les stéréotypes de genre, le manque de mentorat, et l’insuffisance de dispositifs d’accompagnement académique et financier adaptés aux besoins des étudiantes. À cela s’ajoute un déficit de sensibilisation dans les institutions sur l’égalité des chances et la promotion de la diversité dans les filières scientifiques et techniques. Face à ce constat, les participants ont proposé plusieurs pistes de solutions concrètes.

Il a été recommandé de créer des réseaux de soutien et de visibilité pour valoriser les parcours féminins dans la recherche et l’enseignement. Par ailleurs, les institutions universitaires sont encouragées à adopter des politiques inclusives, à sensibiliser le corps enseignant sur les enjeux de genre. Ces initiatives doivent être soutenues par les partenaires internationaux et les acteurs de la société civile pour garantir leur impact durable, transformant ainsi la parité en levier de développement inclusif.
 
Accompagner et valoriser le retour en Haïti des personnes en mobilité

Monsieur David Bruchon a insisté sur la nécessité d’assurer des ressources suffisantes pour renforcer la structuration, la gouvernance et l’offre de formation dans l’enseignement supérieur haïtien, en identifiant des bailleurs pour soutenir les priorités du secteur. Pour valoriser le retour des boursiers, il préconise des dispositifs structurants comme des conditions favorables au retour – accès au logement, crédit, environnements professionnels stables et mentorat. Campus France en Haïti, en favorisant l’introduction de standards internationaux comme le système LMD (Licence-Master-Doctorat), des diplômes conjoints et la formation continue des enseignants, agit comme accélérateur de capacités, aligné sur les priorités nationales en éducation, santé, numérique et industries culturelles. Cela limite la migration contrainte et renforce l’intégration internationale, transformant la mobilité en outil de transformation collective pour contrer l’« effritement des cerveaux » et maximiser l’impact des investissements.
 
Rôle des institutions non universitaires (ex. BRH) dans les partenariats et la mobilité

Le Gouverneur de la Banque de la République d’Haïti, Monsieur Ronald Gabriel, a présenté les efforts de la BRH à travers les bourses accordées à des étudiants dans des domaines ciblés, partageant les enseignements tirés depuis le lancement du programme. Le Fonds BRH joue un rôle clé en finançant des projets pour moderniser les infrastructures universitaires, acquérir du matériel et créer des laboratoires, améliorant les conditions d’apprentissage. Il appuie aussi des programmes de bourses, recherche appliquée et partenariats internationaux, favorisant la mobilité et la valorisation de la production scientifique haïtienne. En ciblant des secteurs stratégiques comme les sciences, l’ingénierie, l’économie et la gestion publique, le Fonds contribue à former une élite compétente et à renforcer l’insertion professionnelle, inscrivant l’enseignement supérieur dans une logique macroéconomique où les bourses sont un investissement dans le capital humain et la stabilité institutionnelle.

Selon Monsieur Gabriel, Le Fonds de Recherche pour le Développement de la Banque de la République d’Haïti (FRD-BRH) joue un rôle clé dans le renforcement de la recherche en Haïti, en soutenant l’accès au savoir, la qualité académique et le développement des compétences nationales. Il finance des projets permettant aux universités de moderniser leurs infrastructures, d’acquérir du matériel pédagogique et scientifique, et de créer des laboratoires de recherche, améliorant ainsi directement les conditions d’apprentissage et la formation des étudiants. Le Fonds BRH appuie également des projets de recherche appliquée et des partenariats internationaux, favorisant la mobilité académique, l’échange de connaissances et la valorisation de la production scientifique haïtienne.

En ciblant des secteurs stratégiques tels que les sciences, l’ingénierie, l’économie et la gestion publique, le Fonds contribue à former une élite compétente et à renforcer l’insertion professionnelle des diplômés, consolidant ainsi le rôle de l’enseignement supérieur dans le développement durable du pays. La Banque de la République d’Haïti inscrit l’enseignement supérieur dans une logique macroéconomique, en soulignant que le financement des bourses constitue un investissement dans le capital humain et la stabilité institutionnelle. Cette approche appelle à une implication accrue du secteur économique national dans le soutien à l’université, encourageant d’autres acteurs privés à emboîter le pas pour un impact collectif.
 
Incitation des acteurs du secteur privé à s’engager dans ces dispositifs

Les panélistes ont collectivement appelé à une alliance accrue entre l’État, les universités, le secteur privé et des partenaires internationaux pour repositionner l’université comme acteur stratégique de la transformation sociale. Pour inciter le privé, ils proposent des incitations fiscales, des partenariats publics-privés démontrant l’impact économique des investissements en éducation, et des campagnes de sensibilisation sur le retour sur investissement en capital humain
 
Perspectives et défis pour l’avenir de l’ES haïtien

La table ronde a mis en évidence que l’enseignement supérieur doit être considéré comme un véritable écosystème où la réussite de chaque acteur – universités, institutions publiques, partenaires internationaux, société civile et étudiants – est indissociable de celle du système globalement. Les échanges ont montré que la coopération internationale et la mobilité académique constituent des leviers stratégiques pour le développement, à condition qu’elles soient structurées, coordonnées et adaptées aux besoins du pays.

L’Institut français en Haïti, la FOKAL et le Fonds BRH ont été cités comme des piliers essentiels de cette dynamique, grâce à leurs programmes de bourses, de mentorat, de financement de projets et de renforcement institutionnel, qui favorisent l’excellence académique et la consolidation des compétences nationales. Pour autant, l’un des défis majeurs reste le retour effectif dans le pays des boursiers haïtiens formés à l’étranger. Malgré la qualité des formations et les compétences acquises, de nombreux diplômés rencontrent des difficultés pour s’intégrer dans un système universitaire et professionnel souvent fragilisé. Cette situation contribue à l’« effritement des cerveaux », fragilisant les investissements consentis par les programmes de mobilité et limitant l’impact réel sur le développement scientifique, social et économique du pays. Les intervenants ont insisté sur la nécessité de créer des conditions favorables au retour et à l’intégration des diplômés.

En conclusion, les 80 ans de l’Institut français en Haïti témoignent d’un engagement historique et durable en faveur de l’enseignement supérieur, de la recherche et de la mobilité académique. Cette longévité souligne l’importance de considérer l’éducation comme un investissement stratégique pour Haïti, capable de produire des compétences, d’encourager à la fois l’innovation et la transformation sociale. Pour maximiser cet impact, il est indispensable de renforcer la coordination nationale et internationale, de promouvoir les programmes de bourses et de mentorat et de mettre en place des politiques inclusives qui valorisent le retour des diplômés. La réussite de cette démarche déterminera la capacité du pays à conserver ses talents, à transformer l’expertise acquise à l’étranger en bénéfices concrets et à bâtir un système universitaire solide et résilient, capable de répondre aux défis de l’heure. La mobilisation collective autour de ces enjeux est ainsi essentielle pour assurer un avenir où l’enseignement supérieur haïtien devient un levier de développement durable, d’innovation et de progrès social dans le cadre de la reconstruction haïtienne tant souhaitée. Cette vision prospective, ancrée dans les échanges de la table ronde, invite à une action concertée pour transformer les tensions actuelles en opportunités durables.
 

Quetya AUBIN
Pôle Haïti-Antilles, Haïti Sciences et Société (HaSci-So)
Équipe des Partenaires Scientifiques pour la Communication de la Recherche (E-PSi-CoRe)                                                                                                            
quetyaaubin25@gmail.com