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Trafic d’armes et de munitions : un réseau transnational impliqué dans l’armement en Haïti

©️PNH

Washington, le 30 juin 2025.-Dans un rapport adressé au Conseil de sécurité des Nations Unies (ONU), un groupe d’experts révèle des informations accablantes sur la circulation d’armes et de munitions en Haïti. La Police Nationale nationale d’Haïti (PNH), les frontières, la République dominicaine et les États-Unis apparaissent tous comme des maillons d’un vaste réseau de trafics. Le rapport qualifie ce phénomène de véritable fléau structurel.

Ce document, analysé par plusieurs médias, met en lumière un trafic alimenté par une forte demande des gangs, de civils fortunés, d’entreprises de sécurité privée et de groupes d’autodéfense. L’absence de contrôles efficaces aux points d’entrée favorise l’essor de ce commerce illégal. Les gangs haïtiens disposent d’armes de plus en plus sophistiquées, comme l’a montré la saisie, en décembre 2024 à Cité-Soleil, d’un fusil « fantôme » AR-15, fabriqué artisanalement et non traçable.

Le rapport pointe également les défaillances internes au sein de la PNH. La corruption, le manque de contrôle et une mauvaise gestion des stocks facilitent les détournements. Le 31 octobre 2024, un officier de l’unité anti-embuscade du Palais national a été intercepté avec 2 700 munitions destinées à un gang. Une semaine plus tard, un autre policier a été arrêté avec 2 400 munitions, fournies avec la complicité de sa compagne, employée à l’armurerie centrale de la PNH.

Des complicités transfrontalières sont aussi dénoncées. Le rapport accuse des agents dominicains corrompus d’avoir alimenté les gangs haïtiens en armes. En juillet 2024, la saisie de 5 000 cartouches à Mirebalais, département du Centre, a permis de remonter à des stocks de la police dominicaine. Plus de 900 000 articles, en majorité des munitions, auraient été détournés. Malgré une enquête et un inventaire annoncés par les autorités dominicaines, une grande partie de ces munitions — notamment les calibres recherchés par les gangs — aurait déjà franchi la frontière.

Le rapport des experts de l’ONU met en évidence des pratiques opaques et alarmantes, telles que l’importation d’armes par certaines missions diplomatiques sans autorisation des comités de sanctions, ainsi que le laxisme entourant les entreprises de sécurité privées, parfois armées sans supervision étatique. Des consuls honoraires auraient aussi abusé de leur statut pour faire entrer illégalement des armes sur le territoire.

Ce tableau révèle un système affaibli, rongé par des complicités internes, une gestion institutionnelle défaillante, une frontière perméable et des ingérences extérieures. Dans ce contexte, les experts plaident pour une réforme en profondeur, un contrôle rigoureux des armes et une responsabilisation effective des autorités concernées.

W.E.