L’ex-Président Michel Joseph Martelly•©️Parlement Européen
Port-au-Prince, le 8 décembre 2025.- À la veille de la Journée internationale contre la corruption, l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) a transmis, ce lundi 8 décembre, au Parquet près le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince (TPI) un rapport recommandant des poursuites contre l’ancien président Michel Joseph Martelly pour irrégularités majeures dans ses déclarations de patrimoine. Datations incohérentes, dépôts tardifs, omissions bancaires et contradictions documentées figurent parmi les infractions relevées. Ce dossier s’ajoute à quatre autres enquêtes sensibles également acheminées à la justice.
L’ULCC pointe de graves irrégularités dans la déclaration de patrimoine
L’ULCC reproche à Michel Martelly des violations manifestes de la loi du 12 février 2008 sur la déclaration de patrimoine. Dans son rapport, l’institution souligne que la déclaration d’entrée en fonction comporte une date raturée et illisible, tandis que l’authentification notariale, datée du 11 juillet 2011, est intervenue près d’un mois après le délai légal.
La déclaration de sortie de fonction, quant à elle, n’a été produite que le 30 janvier 2018, alors qu’elle devait être déposée en février 2016, au terme du mandat présidentiel. L’ULCC qualifie ce retard de « violation flagrante » des obligations légales.
Omissions et contradictions bancaires
Le rapport signale également plusieurs incohérences dans les informations bancaires fournies par l’ancien président. À son arrivée au pouvoir, Michel Martelly avait déclaré :
- quatre dépôts à terme totalisant 130 407,33 USD;
- trois comptes en dollars et un compte en gourdes affichant 37 548,53 USD et 98 194,31 HTG.
Cependant, les investigations de l’ULCC révèlent des divergences significatives avec ces données, laissant présumer des omissions volontaires ou une altération des informations patrimoniales.
Cinq dossiers transmis à la justice
Le rapport sur l’ancien chef de l’État fait partie d’un lot de cinq dossiers soumis au parquet ce 8 décembre 2025. Les autres enquêtes concernent :
- Les subventions octroyées par Jean Ronald Joseph, ex-DG du Fonds national de l’éducation;
- La gestion des 50 millions de gourdes pour la célébration du 18 mai 2025;
- Des soupçons de corruption liés à l’Ispan dans l’exécution de projets patrimoniaux;
- Des accusations d’enrichissement illicite visant Adzen Willer Lazar, cadre de l’Université publique du Bas-Artibonite.
« Nul n’est au-dessus de la loi »
Lors d’une conférence de presse, le Directeur général de l’ULCC, Me Hans Jacques Ludwig Joseph, a rappelé la détermination de l’institution à « mettre la corruption K.-O. » et a invité la population à dénoncer les actes suspects via le numéro gratuit 56 56.
Il a aussi souligné que 68 rapports d’enquête ont été produits sous sa direction, tout en appelant les magistrats à faire preuve de rigueur.
Un dossier sensible dans un contexte de sanctions internationales
Ces nouvelles poursuites interviennent alors que Michel Martelly a déjà été sanctionné entre 2022 et 2024 par le Canada et les États-Unis pour trafic de drogue, soutien aux gangs armés et corruption, selon les autorités nord-américaines et un rapport d’experts de l’ONU publié le 15 septembre 2023.
W. A.



























