L’économiste Kesner Pharel
Port-au-Prince, le 22 juin 2026.- Invité du Panel Magik sur Radio Magik 9 ce lundi 22 juin, l’économiste haïtien Kesner Pharel a livré une analyse approfondie des perspectives du football haïtien après la participation historique de la sélection nationale à la Coupe du monde 2026. S’appuyant sur des données économiques, sportives et structurelles, il a plaidé pour une réforme en profondeur du football national, estimant que l’avenir passe par la formation des jeunes, une meilleure gouvernance et l’exportation des talents vers les grands championnats internationaux.
Un écart de moyens qui reflète l’écart de performance
Pour Kesner Pharel, les attentes autour du parcours d’Haïti à la Coupe du monde doivent être nuancées à la lumière des réalités économiques du football moderne. L’économiste souligne que la valeur marchande de l’effectif haïtien est estimée à environ 55 millions de dollars américains, contre près de 1,3 milliard pour le Brésil et environ 690 millions pour le Maroc.
Selon lui, ces chiffres ne déterminent pas à eux seuls les résultats sur le terrain, mais ils traduisent les investissements réalisés dans la formation, les infrastructures, la détection des talents et la compétitivité des championnats nationaux.
« Le football reste un sport où onze joueurs affrontent onze autres joueurs. Mais on ne peut pas ignorer les écarts structurels qui existent entre les nations », a-t-il expliqué.
Une participation dont Haïti doit être fière
Malgré l’élimination de la sélection haïtienne, Kesner Pharel estime que le pays doit retenir les aspects positifs de cette première expérience mondiale. Il a notamment salué la réaction de l’équipe lors de la seconde période face au Brésil, considérant que les Grenadiers ont démontré du caractère face à l’une des puissances du football mondial.
Pour lui, l’essentiel est désormais de transformer cette participation en point de départ pour un projet à long terme plutôt qu’en simple souvenir sportif.
Former davantage de joueurs pour les grands marchés du football
L’économiste a insisté sur l’importance de l’intégration des jeunes talents haïtiens dans les grands championnats européens. Selon son analyse, les sélections les mieux classées au monde sont généralement celles qui disposent d’un grand nombre de joueurs évoluant dans les ligues les plus compétitives.
Il estime qu’Haïti doit travailler à augmenter progressivement le nombre de joueurs présents dans les championnats européens afin d’améliorer à la fois la valeur marchande de sa sélection et son niveau de compétitivité internationale.
Les académies, clé du développement futur
Pour Kesner Pharel, le chantier prioritaire demeure la formation à la base. Il appelle à la création et au renforcement d’académies de football capables de détecter et accompagner les jeunes dès l’âge de 12 ou 13 ans.
Avec les nouvelles compétitions internationales de jeunes annoncées par la FIFA, notamment chez les moins de 15 ans, moins de 17 ans et moins de 20 ans, Haïti dispose selon lui d’une opportunité pour bâtir une génération compétitive sur le long terme.
Il a également encouragé les familles à inscrire davantage leurs enfants dans les structures de formation afin d’élargir le bassin de talents disponibles.
Une réforme de la gouvernance jugée indispensable
Au-delà du terrain, Kesner Pharel a plaidé pour une réforme de la gouvernance du football haïtien. Tout en saluant le travail accompli par la Commission de normalisation de la Fédération haïtienne de football, il estime que le pays doit rapidement revenir à un système de gouvernance élu et stable.
Selon lui, le développement du football exige une vision stratégique claire, des compétitions nationales structurées, des académies performantes et des investissements publics plus importants dans les infrastructures sportives.
Il a notamment regretté le faible niveau des investissements consacrés aux terrains sportifs et à l’encadrement des jeunes, malgré l’importance sociale et économique croissante du football.
Objectif 2034
Pour l’économiste, la qualification d’Haïti pour la Coupe du monde 2026 représente une étape importante, mais la véritable ambition doit être de construire un projet capable d’assurer des participations régulières aux compétitions mondiales.
S’il considère que l’échéance de 2030 pourrait encore être difficile à atteindre, il estime que la Coupe du monde 2034 constitue un objectif réaliste à condition que les décisions stratégiques soient prises dès aujourd’hui.
« Le football haïtien est engagé sur la bonne voie, mais les résultats de demain dépendront des investissements et des choix réalisés maintenant », a conclu Kesner Pharel.
W. A.



