Accueil Sécurité Haïti : Washington redéfinit sa stratégie, mais jusqu’où ira l’engagement américain ?

Haïti : Washington redéfinit sa stratégie, mais jusqu’où ira l’engagement américain ?

©️Stéphane Daïley Lubin

Washington, le 25 août 2025.- Alors que la Mission Multinationale de Soutien à la Sécurité (MSS) peine à stabiliser Haïti, les États-Unis annoncent leur intention de doubler le contingent étranger et d’attribuer le commandement de la mission à un autre pays que le Kenya. Un repositionnement stratégique qui confirme le rôle central de Washington dans la gestion de la crise, mais qui soulève aussi des interrogations sur la finalité réelle de cet engagement.

Depuis plusieurs mois, les États-Unis sont les véritables architectes de l’intervention internationale en Haïti. Soutien initial au déploiement kényan, financement de la mission, plaidoyer diplomatique à l’ONU : rien n’a été entrepris sans l’aval de Washington. Désormais, l’administration Trump va plus loin en redessinant les contours de la MSS.

La déclaration de Kimberly J. Penland, cheffe adjointe de mission des États-Unis à l’OEA, marque un tournant : non seulement Washington envisage d’augmenter les effectifs de la mission, mais il pourrait confier son commandement à un autre pays, pour redonner souffle et crédibilité à une force critiquée pour son manque d’efficacité. Cette initiative, alignée sur une recommandation du secrétaire général de l’ONU António Guterres, vise à doter Haïti de moyens logistiques et financiers comparables à une opération de maintien de la paix.

Mais cette réorientation n’est pas sans risques. La confusion sur le leadership de la mission pourrait accentuer les doutes, au moment où les gangs continuent d’étendre leur emprise. Comme l’a rappelé Albert Ramdin, secrétaire général adjoint de l’OEA, un vide politique guette Haïti à l’expiration du mandat du Conseil présidentiel de transition en février 2026. Sans accord politique clair ni calendrier électoral crédible, l’intervention étrangère risque d’être un simple pansement sur une plaie béante.

À Port-au-Prince, la diplomatie américaine assume néanmoins son choix. En conférence de presse, la semaine dernière, Henry Wooster, chargé d’affaires des États-Unis, a reconnu la nécessité d’un « réajustement » de la mission : davantage de moyens, davantage de pouvoirs, davantage de résultats. Tout en saluant la contribution du Kenya, Washington prépare déjà l’après, conscient que l’opinion internationale exige plus qu’un statu quo sécuritaire.

Au fond, une question demeure : les États-Unis cherchent-ils à garantir la stabilité d’Haïti ou à préserver, avant tout, leur propre influence dans la Caraïbe ? Dans un pays où les interventions étrangères laissent un goût amer d’inachevé, l’enjeu n’est pas seulement militaire. Il est avant tout politique : restaurer la souveraineté haïtienne en aidant les Haïtiens à reprendre le contrôle de leur avenir.

W. A.