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Haïti : la Haute Cour de justice, un « décret d’impunité » dénoncé par le RNDDH

Le Directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains, Pierre Espérance

Port-au-Prince, le 29 décembre 2025.- Invité à Panel Magik ce lundi 29 décembre, Pierre Espérance, Directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), a vivement critiqué le décret sur le fonctionnement de la Haute Cour de justice. Il y voit une manœuvre du Conseil présidentiel de transition (CPT) et du gouvernement pour se protéger de poursuites liées à la corruption, dans un contexte marqué par le dossier BNC et les tensions autour de l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC).

Qualifiant le texte de « décret scandaleux » et « mort-né », Pierre Espérance estime que l’initiative vise à garantir l’impunité des membres du CPT et à protéger d’anciens hauts fonctionnaires accusés de détournement de fonds publics. Selon lui, les conventions internationales ratifiées par Haïti rendent ce décret juridiquement inopérant, la lutte contre la corruption dépassant le cadre strictement national.

Interrogé sur le silence de la classe politique après l’adoption du décret, le responsable du RNDDH évoque une logique de préservation des privilèges. « Beaucoup font de la politique un métier synonyme d’enrichissement », affirme-t-il, expliquant ainsi l’absence de dénonciation publique par crainte de perdre l’accès à l’impunité.

Pierre Espérance a également révélé que des membres du CPT auraient tenté de remplacer le directeur général de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), après l’inculpation de trois conseillers présidentiels dans le dossier de corruption à la Banque nationale de crédit (BNC). Cette tentative serait survenue avant même la publication du rapport de l’ULCC mettant en cause l’ancien président Joseph Michel Martelly pour fausse déclaration de patrimoine.

Selon le RNDDH, l’opposition de la communauté internationale à cette révocation aurait poussé le CPT à adopter le décret sur la Haute Cour de justice, perçu comme un « brevet d’impunité ». Une démarche qui, loin de renforcer l’État de droit, alimente les soupçons de verrouillage institutionnel au sommet de l’État.

W. A.