Accueil Politique Assassinat de Jovenel Moïse : Quatre ans après, ses proches sont-ils toujours...

Assassinat de Jovenel Moïse : Quatre ans après, ses proches sont-ils toujours en quête de justice ?

L’ancien Président haïtien Jovenel Moïse ©️Hector Retamal/AFP

 

Port-au-Prince, le 6 juillet 2025.-L’assassinat d’un président en fonction a mis en lumière la faillite des institutions et de l’État haïtien. Jovenel Moïse a été lâchement tué dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, en sa résidence privée, à Pèlerin 5, commune de Pétion-Ville, selon les premières informations, par un commando colombien. Il aurait été sauvagement assassiné et mutilé. Ses proches et sa famille continuent de réclamer justice. Toutefois, une question persiste : cherchent-ils réellement à obtenir justice ou utilisent-ils cette tragédie à des fins politiques ?

Ce meurtre a profondément bouleversé le pays. La complexité de l’affaire réside dans le fait que de nombreuses personnes pourraient être soupçonnées, ce qui rend difficile l’identification claire des auteurs intellectuels. Cinq mois après l’assassinat, les proches et la famille du défunt, réunis sous le nom de « AMI JOMO », affirmaient dans une note constater « aucun engagement, aucune volonté politique de rendre justice au président Jovenel Moïse ».

Quatre ans plus tard, ils continuent de réclamer justice. Pourtant, plusieurs anciens collaborateurs de Jovenel Moïse ont été convoqués par la justice. Certains dénoncent une persécution politique, tandis que d’autres pointent du doigt diverses figures du paysage politique. Sa veuve, Martine Moïse, qui affirme avoir été témoin de l’assassinat, a été récemment invitée dans le cadre du dossier, mais a présenté des motifs jugés discutables pour ne pas se présenter.

En février 2024, le juge d’instruction Walter Wesser Voltaire, chargé de l’enquête, a inculpé une cinquantaine de personnes, dont Martine Moïse et l’ancien Premier ministre Claude Joseph. Dans une ordonnance de 122 pages, le juge affirme que Martine Moïse aurait conspiré avec Claude Joseph pour assassiner le président, dans le but de lui succéder à la tête de l’État.

Le juge d’instruction a ordonné leur renvoi devant un tribunal pénal, avec 48 autres personnes, pour association de malfaiteurs, vol à main armée, terrorisme, assassinat et complicité d’assassinat. Il a souligné que les déclarations de l’ex-Première dame étaient contradictoires et nuisaient à sa crédibilité. Le juge a également requis leur incarcération à la prison civile de Port-au-Prince, tout en précisant que les auteurs intellectuels et les financeurs de l’opération n’ont pas encore été identifiés.

Martine Moïse, inculpée dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de son époux, l’ancien président Jovenel Moïse, a qualifié la décision du juge instructeur de persécution politique. Elle a dénoncé des arrestations injustes et continue d’accuser d’autres responsables présumés.

« Après ce crime odieux, aucune volonté réelle de faire avancer la justice n’a été démontrée. Derrière l’insécurité programmée, les assassins se maintiennent au pouvoir. L’ascenseur de la justice haïtienne semble incapable de monter aux étages supérieurs », a-t-elle déclaré.

Malgré tout, elle affirme que la famille Moïse, le peuple et la diaspora gardent espoir : « La route est longue. Nous ne serons vaincus que si nous cédons au découragement. »

En effet, la semaine dernière, Martine Moïse n’a pas assisté à son audience, évoquant des raisons de santé et de sécurité depuis les États-Unis. Sa demande de témoignage en visioconférence a été rejetée, et son absence qualifiée d’obstruction par le parquet. D’autres accusés dénoncent aussi des vices de procédure, notamment des interrogatoires sans avocat.

L’enquête reste ouverte, et le rôle de Martine Moïse, au cœur de cette affaire, pourrait évoluer à mesure que de nouveaux éléments apparaissent.

W.E.