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Le ministre fantôme de Fanmi Lavalas : au pouvoir sans jamais y être

Le porte-parole de Fanmi Lavalas, Jodson Durogène

Une quarantaine de morts à Kenscoff. Un parti, Fanmi Lavalas, qui reconnaît avoir un homme au gouvernement mais jure qu’il n’y comprend rien à la sécurité. Sur le plateau de Panel Magik, ce mardi 25 août, le porte-parole Jodson Durogène a inventé une nouvelle catégorie politique : le ministre présent mais non responsable. Un concept commode, à condition de ne jamais se le faire retourner.

Il y a une phrase qui, à elle seule, résume tout le malaise de cet entretien : « Fanmi Lavalas pa nan gouvènman ». Traduction : Fanmi Lavalas n’est pas dans le gouvernement. On aimerait comprendre ce que fait, alors, le Ministre des travaux publics envoyé par Fanmi Lavalas dans les couloirs du pouvoir, s’il n’y exerce ni influence, ni regard, ni voix. À ce compte-là, autant avouer que sa présence n’a jamais eu d’autre fonction que de cocher une case : celle de la représentation politique, sans la charge qui va normalement avec.

Jodson Durogène s’en défend en renvoyant la balle aux « responsables sécuritaires », seuls comptables, selon lui, du massacre de Kenscoff. L’argument tiendrait s’il ne venait pas d’un porte-parole dont le parti a lui-même contribué, par sa présence, à la composition du gouvernement dont dépendent précisément ces responsables sécuritaires. On ne choisit pas ses collègues de gouvernement pour ensuite prétendre ne rien savoir de leur travail.

Le plus troublant, ce n’est pas tant la position que sa répétition. Fanmi Lavalas avait déjà eu un représentant lors du Conseil présidentiel de transition précédent. Le scénario est donc connu : entrer au gouvernement quand la légitimité politique est en jeu, s’en retirer discursivement quand vient l’heure des résultats. Un aller-retour qui finit par ressembler moins à une nuance de gouvernance qu’à une stratégie assumée d’évitement.

Pendant ce temps, à Kenscoff, une quarantaine de familles n’ont pas eu droit, elles, à ce jeu de rôles. La mort ne fait pas la différence entre un ministre pleinement engagé et un cadre « prêté » à l’État par bonne volonté. Elle ne distingue pas non plus entre la responsabilité juridique d’un poste et la responsabilité politique d’un parti qui a choisi d’y siéger.

Reste une question, simple, que Jodson Durogène n’a pas vraiment affrontée : si occuper une place au gouvernement n’engage à rien, pourquoi Fanmi Lavalas s’est-il donné la peine de l’occuper ?

La Rédaction