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39 ans de la Constitution de 1987 : Entre sacralité démocratique et naufrage de l’ordre constitutionnel

 

Port-au-Prince, le 29 mars 2026.- Ce 29 mars 2026 marque le 39e anniversaire de la Constitution de 1987, texte fondateur de l’ère post-Duvalier. Alors que cette «Mère Loi» devait garantir la stabilité et l’alternance démocratique, elle se retrouve aujourd’hui au cœur d’un paradoxe tragique. Entre les séquelles de l’amendement controversé sous l’administration Martelly et le constat d’impuissance institutionnelle récemment admis par le gouvernement, Haïti navigue en eaux troubles, hors de tout cadre légal défini

Le socle d’une nation : Plus qu’une loi, un contrat de survie

Dans le concert des nations, la Constitution n’est pas qu’un simple recueil de normes juridiques ; elle est l’acte de naissance de la souveraineté et le garant de la paix civile. En Haïti, le texte de 1987 a une charge quasi angélique : il a été conçu comme un rempart contre l’absolutisme, une promesse que «plus jamais» un homme ne serait au-dessus des lois.

Sur le plan diplomatique, le respect de la Constitution est la condition sine qua non de la reconnaissance internationale et de la coopération bilatérale. Elle est le miroir que nous tendons au monde pour prouver notre maturité politique. Pourtant, ce miroir est aujourd’hui brisé.

L’ombre de l’amendement Martelly et la quête inachevée de réforme

Le processus de délitement s’est accéléré lors de la présidence de Michel Martelly (2011-2016). L’amendement de la Constitution, bien qu’introduisant des avancées notables telles que le quota de 30% de femmes dans la fonction publique, la reconnaissance de la multi-nationalité pour la diaspora ou la création d’un Conseil Constitutionnel, a été entaché de doutes procéduraux. La publication de versions divergentes dans le journal officiel Le Moniteur a créé un flou juridique dont le pays ne s’est jamais totalement remis.

Depuis lors, les tentatives de réforme se succèdent sans succès. Si certains acteurs voient dans la rigidité du texte de 1987 un frein à la gouvernance, d’autres craignent qu’une refonte totale, dans un climat de polarisation extrême, ne serve qu’à renforcer des intérêts partisans au détriment de l’équilibre des pouvoirs.

Le constat d’impuissance : L’aveu de Patrick Chrispin

Le 26 mars dernier, une onde de choc a traversé la société, lors de l’intervention de Patrick Chrispin, actuel Secrétaire d’État à la Communication, sur les ondes de Magik 9. Avec une franchise inhabituelle pour un haut dignitaire, il a admis que le pays traverse une période d’inconstitutionnalité.

Cet aveu n’est pas anodin. Il signifie que l’exécutif évolue sans le contre-pouvoir du Parlement, sans une Cour de Cassation au complet et sans un calendrier électoral ferme. En diplomatie, une telle situation place Haïti dans une zone grise, rendant les accords internationaux précaires et la protection des droits citoyens aléatoire. Nous ne sommes plus dans le règne de la norme, mais dans celui de l’exception.

Redonner une âme à la République

Célébrer 39 ans de constitutionnalisme dans un tel contexte exige une profonde introspection. Une Constitution ne vaut que par la volonté de ceux qui l’appliquent. Pour que le 29 mars ne soit pas qu’une date de deuil pour nos institutions, il est impératif de retrouver le chemin du consensus national.

La Constitution de 1987, malgré ses rides et ses imperfections, reste l’étoile polaire qui doit nous guider hors de l’abîme. Sans un retour rapide à l’ordre constitutionnel, c’est l’essence même de l’État haïtien qui risque de s’évaporer, laissant place à une instabilité permanente que ni la force ni la diplomatie ne sauront contenir.

W. A.