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L’école mondiale à deux vitesse : Haïti peut-elle encore rattraper le train de 2030 ?

©️photo : UNICEF

Port-au-Prince, le 9 avril 2026.- Alors que l’UNESCO lance son « Compte à rebours vers 2030 », le constat est sans appel : si l’accès à l’éducation explose mondialement avec 1,4 milliard d’élèves, les disparités s’élargissent. Pour Haïti, engluée dans une instabilité chronique, l’enjeu n’est plus seulement de scolariser, mais de sauver un système où l’équité et l’inclusion restent des idéaux lointains face à l’urgence sécuritaire.

Le paradoxe des chiffres : un bond mondial, un défi national

Depuis 2000, le monde a connu une révolution silencieuse : les inscriptions dans le primaire et le secondaire ont bondi de 30 %, tandis que l’enseignement postsecondaire a explosé de 161 %. Pourtant, derrière ces statistiques encourageantes du Rapport mondial de suivi sur l’éducation (GEM) 2026, la réalité haïtienne détonne. Dans un pays où l’insécurité physique menace quotidiennement l’accès aux salles de classe, le « chemin parcouru » est une bataille pour la survie plus que pour la statistique.

L’équité, le maillon faible

Le rapport de l’UNESCO met en lumière les pays ayant réduit les disparités liées au sexe, à la richesse et au handicap. Pour Haïti, le défi est double. La concentration des ressources dans les zones urbaines et la prédominance du secteur privé (plus de 80 % des écoles) créent une barrière financière infranchissable pour les familles les plus pauvres. L’indice d’équité proposé par l’UNESCO révèle une urgence : sans une réallocation délibérée des ressources publiques vers les plus vulnérables, l’éducation inclusive restera un concept théorique.

Au-delà des « bonnes pratiques » : la cohérence politique

Plutôt que de copier des modèles étrangers, le rapport préconise une cohérence entre les politiques nationales et une réactivité aux chocs extérieurs. Pour les décideurs haïtiens, cela signifie adapter le curriculum et le calendrier scolaire à une réalité de crise permanente. Le succès à long terme ne viendra pas de réformes isolées, mais d’un engagement politique ferme pour protéger les écoles comme des sanctuaires inviolables.

2030 : Le dernier appel

Cette édition 2026 n’est que le premier volet d’une trilogie évaluant l’accès, la qualité et la pertinence de l’éducation. Pour Haïti, l’échéance de 2030 est un miroir tendu à ses propres manquements, mais aussi une opportunité d’utiliser les données du site PEER pour réformer sa législation sur l’éducation inclusive. Le message de l’UNESCO est clair : chaque histoire compte, et celle des enfants d’Haïti ne peut plus être écrite en marge du progrès mondial.

W. A.

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