Port-au-Prince, le 13 février 2026.-Intervenant ce vendredi 13 février sur les ondes de Magik 9, l’économiste Kesner Pharel a dressé un tableau alarmant de la situation économique d’Haïti. Inflation moyenne de 26,4 % depuis 2019, pic à 38,7 % en 2022, contraction annuelle moyenne du PIB de 2,5 %, explosion de la pauvreté : il pointe du doigt l’instabilité politique, la mauvaise gouvernance et l’absence de politiques publiques cohérentes comme principales causes de l’aggravation de la crise.
Lors de son intervention sur Radio Magik 9, ce vendredi 13 février, l’économiste Kesner Pharel a livré une analyse sans détour de la détérioration économique du pays au cours des quinze dernières années.
Une inflation devenue insoutenable
Kesner Pharel distingue trois grandes périodes d’inflation :
2010-2014 : une inflation moyenne de 6,3 %, jugée relativement maîtrisable malgré sa supériorité aux standards régionaux;
2015-2018 : une accélération à 13,5 % en moyenne, marquant une dégradation notable du pouvoir d’achat;
2019-2025 : une flambée inquiétante avec une moyenne de 26,4 %, culminant à 38,7 % en 2022.
Selon lui, l’inflation n’est pas qu’un simple indicateur statistique : elle affecte directement le pouvoir d’achat des ménages, particulièrement dans un contexte où près de 50 % des dépenses sont consacrées à l’alimentation et environ 15 % au transport. La hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires frappe donc de plein fouet la population.
PIB en contraction et pauvreté aggravée
Parallèlement à la flambée des prix, le pays enregistre une contraction moyenne annuelle du PIB de 2,5 % depuis 2019. Une telle situation signifie moins d’emplois créés, moins de revenus distribués et un affaiblissement progressif du tissu économique.
Pour l’économiste, cette combinaison inflation élevée croissance négative constitue un piège redoutable. L’extrême pauvreté s’est accentuée, dans un contexte où les capacités d’épargne et d’investissement sont quasi inexistantes pour la majorité des ménages.
Instabilité politique et blocages structurels
Kesner Pharel établit un lien direct entre la crise économique et la crise politique. Blocages institutionnels, radicalisation des acteurs politiques, fermeture de frontières, insécurité, violences armées : autant de facteurs qui paralysent l’activité économique.
Il souligne que les affrontements politiques répétés, l’absence de négociation constructive et l’instrumentalisation de la violence ont entraîné des répercussions économiques majeures. La gouvernance défaillante et l’absence de politiques publiques efficaces aggravent l’effondrement de l’État.
Manque de vision et faiblesse des programmes politiques
L’économiste critique également la faiblesse des programmes proposés par les acteurs politiques, qu’il compare à de simples « listes d’épicerie », dépourvues de mécanismes clairs de mise en œuvre.
Il insiste sur la nécessité de politiques publiques cohérentes, axées sur la stabilité macroéconomique, l’investissement productif et la restauration de la confiance institutionnelle. Sans cela, prévient-il, l’économie continuera de se contracter et l’inflation de miner les conditions de vie.
Un appel à la responsabilité collective
Pour Kesner Pharel, l’économie ne peut être dissociée de la politique. Une mauvaise gestion politique produit inévitablement des résultats économiques catastrophiques. Il appelle à sortir des logiques de confrontation pour privilégier la négociation, la stabilité et la mise en place de réformes structurelles.
Sans un changement profond de gouvernance et une restauration de l’autorité de l’État, conclut-il, les perspectives économiques resteront sombres et la population continuera d’en payer le prix.
W. A.
