Accueil Economie Haïti : L’instabilité politique, premier moteur d’une inflation hors de contrôle

Haïti : L’instabilité politique, premier moteur d’une inflation hors de contrôle

 

Port-au-Prince, le 1er avril 2026.- L’inflation galopante qui asphyxie Haïti n’est plus un simple dérèglement monétaire, mais le symptôme d’un mal profond : l’instabilité politique chronique. Selon une étude choc de la Banque de la République d’Haïti (BRH) réalisée en mars 2026, les crises de gouvernance sont devenues le premier moteur de la hausse des prix, surpassant largement les déficits budgétaires et les tensions du marché du travail.

Pendant vingt ans, entre 1998 et 2018, l’indice des prix suivait une pente relativement douce. Tout bascule en juillet 2018. L’annonce de la hausse des prix pétroliers déclenche une contestation sociale sans précédent. Depuis ce tournant, le rythme de progression de l’inflation a été multiplié par treize. On ne parle plus de hausse, mais d’une explosion : l’inflation a frôlé les 50 % en 2024, plongeant le pays dans une « stagflation » sévère, une récession qui dure depuis sept ans couplée à des prix qui s’envolent.

Le dollar comme baromètre de l’angoisse

L’analyse des experts de la direction de la recherche (DREF) est sans appel : chaque nouveau pic d’instabilité politique agit comme un électrochoc sur le taux de change. L’incertitude provoque une fuite vers le dollar, renchérissant immédiatement les produits importés.

  • Biens de première nécessité : Les produits alimentaires transformés et le carburant (biens échangeables) sont les premiers touchés avec une hausse cumulative de 5,6 % suite à un choc politique.
  • Services locaux : Les loyers, la santé et l’éducation suivent avec un décalage, enregistrant une hausse de 2,8 %, prouvant que l’instabilité finit par contaminer l’ensemble de l’économie réelle.

L’ombre d’une spirale prix-salaires

Pour la première fois, les chercheurs ont utilisé l’intelligence artificielle pour scanner plus de 14 000 offres d’emploi (via JobPaw). Le constat est inquiétant : malgré la crise, une « spirale prix-salaires » semble naître dans les secteurs de services. Pour compenser la perte de pouvoir d’achat, les coûts salariaux augmentent dans le secteur formel, ce qui pousse les prix des services locaux encore plus haut.

La Banque Centrale impuissante ?

Le message envoyé par cette étude est un véritable pavé dans la mare des décideurs : la politique monétaire ne peut pas tout. Si la source de l’inflation est politique et sécuritaire, augmenter les taux d’intérêt ne suffira pas à calmer la fièvre des prix. La stabilité des assiettes des Haïtiens passera inévitablement par la stabilité du Palais national et des rues de Port-au-Prince.

W. A.

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