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De l’espérance à la responsabilité : L’ANESRS comme levier de promotion de la recherche scientifique et du transfert de connaissances en Haïti  

Quetya Aubin

Pôle Haïti-Antilles, Haïti Sciences et Société (HaSci-So)

Equipe des Partenaires Scientifiques pour la Communication de la Recherche (E-PSci-CoRe)

Quetyaaubin25@gmail.com , https://orcid.org/0009-0000-2595-2671

Résumé

Haïti s’est longtemps caractérisée par un vide légal de quarante ans dans la régulation de son enseignement supérieur, entraînant une faible présence dans les bases de données scientifiques internationales et une production de recherche fragmentée. Le lancement officiel de l’Agence Nationale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (ANESRS) le 27 février 2026 constitue une rupture institutionnelle historique, ouvrant la voie à la stimulation de la production scientifique, à la recherche appliquée et à l’innovation, et au transfert de connaissances vers les secteurs économiques stratégiques tels que l’agriculture, la santé et l’environnement. Cet article analyse la vision stratégique de l’ANESRS à la lumière d’une revue de littérature internationale sur les systèmes d’innovation, les conseils de la recherche et la symbiose université-entreprise-environnement, en mobilisant également les perspectives d’acteurs haïtiens clés venant de différents horizons. Il intègre les apports de recherches récentes sur le changement climatique, l’intelligence artificielle agricole, la résilience des écosystèmes marins, la médiation scientifique et les risques naturels illustrant la vitalité émergente de la communauté scientifique haïtienne. L’expérience du Laboratoire International CARIBACT, ancré en Haïti et soutenu par l’IRD-France, est analysée comme un modèle de partenariat Nord-Sud équilibré. L’article propose des éléments de politiques publiques et un appel structuré à l’implication des bailleurs de fonds internationaux, articulant la science comme nécessité stratégique pour la souveraineté nationale et la résilience face aux crises multiples.

Mots clés: ANESRS, recherche scientifique, innovation, transfert de connaissances, Haïti, Politiques publiques

 Abstract

Haiti has long been characterized by a forty-year legal vacuum in the regulation of its higher education, resulting in a weak presence in international scientific databases and fragmented research output. The official launch of the National Agency for Higher Education and Scientific Research (ANESRS) on February 27, 2026, represents a historic institutional shift, paving the way for stimulating scientific production, applied research and innovation, and knowledge transfer to strategic economic sectors such as agriculture, health, and the environment. This article analyzes ANESRS’s strategic vision in light of an international literature review on innovation systems, research councils, and university-business-environment symbiosis, while also incorporating the perspectives of key Haitian stakeholders. It incorporates recent research findings on climate change, agricultural artificial intelligence, marine ecosystem resilience, science communication, and natural hazards, illustrating the emerging vitality of the Haitian scientific community. The experience of the CARIBACT International Laboratory, based in Haiti and supported by IRD-France, is analyzed as a model of balanced North-South partnership. The article proposes elements of public policy and a structured call for the involvement of international donors, articulating science as a strategic necessity for national sovereignty and resilience in the face of multiple crises.

Keywords: ANESRS, scientific research, innovation, knowledge transfer, Haiti, public policy

1. Introduction

La promotion de la recherche scientifique constitue, depuis plusieurs décennies, l’un des piliers fondamentaux du développement socio-économique de la majorité des nations. Les travaux pionniers de Thomas Kuhn (1962) sur la structure des révolutions scientifiques ont établi que les paradigmes scientifiques émergent fréquemment en réponse à des crises structurelles, une observation particulièrement pertinente dans des contextes marqués par l’instabilité sociopolitique. Plus récemment, la littérature contemporaine sur les systèmes nationaux d’innovation (SNI) a mis en évidence le lien indissoluble entre la capacité d’un État à produire et à mobiliser des connaissances scientifiques et sa trajectoire de développement économique (Casadella & Uzunidis, 2020).

Les pays du Sud, en particulier ceux de la Caraïbe et d’Afrique subsaharienne, font face à des défis communs : sous-financement chronique de la recherche, absence de régulation institutionnelle, faible intégration dans les réseaux scientifiques internationaux, et déconnexion entre les universités et les besoins du tissu économique. En Afrique, l’ouvrage de Hanlin et al. analysent le rôle central des conseils de la recherche comme catalyseurs d’innovation pour le développement durable (Mugwagwa & Banda, 2025). Ces analyses offrent des parallèles applicables au contexte haïtien et constituent une source d’inspiration pour les réformes en cours.

La pertinence de la science pour des sociétés vulnérables comme Haïti va bien au-delà de la production académique abstraite. En effet, sans vouloir nier l’importance de la recherche fondamentale, cette pertinence se mesure concrètement à la capacité de prévoir les crises climatiques, de développer des solutions agricoles adaptées aux conditions locales, d’apporter des solutions pratiques à des problèmes sanitaires divers, de comprendre les risques sismiques et tsunamigènes, de diffuser ces savoirs vers les communautés exposées, etc.

Les recherches récentes publiées par l’Espace Sciences et Société illustrent cette dimension opérationnelle de la science haïtienne : des travaux sur la modélisation climatique régionale (Jacinthe, 2025), sur l’intelligence artificielle au service de l’agriculture (Millien, 2025 ; Picard, 2025 ; Nicolas, 2025), sur la résilience coralliens (Blanc, 2025), sur les risques cycloniques (François, 2025), sur la médiation scientifique (Bernard, 2025) et sur le changement climatique et ses impacts sur les familles (Emmanuel, 2025). Ces contributions forment un corpus scientifique haïtien cautérisé par sa remarquable richesse thématique.

Le transfert technologique et l’innovation dans le développement territorial ont également fait l’objet de travaux significatifs. Ndiaga (2025) démontre, à travers des analyses théoriques et des applications pratiques, que le transfert de technologies ne saurait se limiter à une simple transaction commerciale mais implique une transformation institutionnelle profonde. De même, Landry, Lamari et Nimijean (1999) ont montré que stimuler l’innovation nécessite le développement de milieux créateurs fondés sur la proximité entre les agents économiques et les acteurs de la connaissance.

Haïti présente une configuration particulière, marquée par ce que le recteur Jocelyn Val a qualifié, lors du lancement de l’ANESRS le 27 février 2026, de « quarante ans de vide légal » dans la régulation de l’enseignement supérieur. Pendant quatre décennies, le secteur universitaire haïtien a fonctionné sans normes administratives claires, sans mécanismes d’assurance qualité et sans cadre de coordination de la recherche scientifique. La Direction de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (DESRS), rattachée au Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP), exerçait une régulation minimale, dépourvue des moyens institutionnels et des outils normatifs nécessaires à une gouvernance efficace.

Cette lacune institutionnelle a engendré plusieurs dysfonctionnements majeurs. D’abord, la faible présence d’Haïti dans les bases de données scientifiques internationales reflétant un déficit structurel de production scientifique. Les travaux de Dugé et Aubin (2025) ont mis en lumière l’impact négatif de l’insécurité sur la mobilité universitaire et la production scientifique, soulignant que les crises sociopolitiques répétées ont accentué la fuite des cerveaux et fragilisé les communautés académiques. Ensuite, la recherche haïtienne est restée largement déconnectée des besoins des secteurs économiques stratégiques – agriculture, santé publique, gestion des risques environnementaux – faute de mécanismes opérationnels de transfert de connaissances.

Pourtant, une communauté scientifique haïtienne active existe et produit des connaissances pertinentes. Le fait que plusieurs chercheurs haïtiens publient sur des sujets aussi variés que la modélisation des ouragans (François, 2025), la détection des stress climatiques par intelligence artificielle dans l’agriculture (Millien, 2025), le tuteur numérique pour producteurs de mangues (Nicolas, 2025), la santé des récifs coralliens (Blanc, 2025) ou la projection climatique régionale (Jacinthe, 2025) témoigne d’une certaine vitalité scientifique. Ce dont la communauté des chercheurs a vraiment besoin, c’est précisément un cadre institutionnel capable de valoriser, coordonner et amplifier ces efforts dispersés. Il est à souhaiter que l’ANESRS se donne comme l’une de ses tâches, à court terme, l’élaboration de ce cadre.

Par ailleurs, plusieurs contributions récentes de l’Espace Sciences et Société d’InfosNation ont documenté ces défis et proposé des pistes de réflexion. Abraham (2026) a conceptualisé les inégalités scolaires structurelles qui alimentent les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur. Paul (2026) a démontré pourquoi un Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique est devenu indispensable à la gouvernance universitaire haïtienne. Déméro (2026) a réalisé une analyse comparative internationale des enjeux de gouvernance universitaire et d’assurance qualité. Ces contributions forment un socle sur lequel le présent article entend s’appuyer.

Les questions de recherche qui guident ce travail sont les suivantes : Comment l’ANESRS peut-elle stimuler la production scientifique et l’innovation en Haïti avec toutes les contraintes structurelles majeures auxquelles elle est confrontée ? Quels sont mécanismes de transfert de connaissances vers les secteurs économiques stratégiques les plus adaptés au contexte haïtien ? Comment les partenariats de recherche de type CARIBACT peuvent-ils contribuer à positionner Haïti comme pôle scientifique régional dans les Caraïbes ? Quelles politiques publiques et quels partenariats internationaux sont susceptibles de renforcer durablement l’écosystème de la recherche et de l’innovation en Haiti ?

L’objectif principal de cet article est d’analyser la vision stratégique de l’ANESRS en matière de promotion de la recherche scientifique et de transfert de connaissances, et d’en déduire des propositions concrètes de politiques publiques et de perspectives d’avenir pour les acteurs de l’enseignement supérieur haïtien. Plus spécifiquement, l’article vise à: (1) réaliser une synthèse critique de la littérature internationale et haïtienne sur les systèmes d’innovation et le transfert de connaissances; (2) analyser la vision et les grands chantiers de l’ANESRS à la lumière des cadres théoriques généralement définis dans d’autres pays en la matière. (3) examiner l’expérience du LMI-CARIBACT comme modèle de partenariat scientifique international ancré en Haïti; (4) illustrer la dynamisation de la recherche haïtienne émergente à travers des contributions récentes dans les domaines du climat, de l’agriculture et de l’environnement; (5) proposer des éléments de politique publique fondés sur des expériences comparées; et (6) formuler un appel structuré à l’implication des bailleurs de fonds internationaux.

2. Revue de la littérature

La littérature académique consacrée aux liens entre la science, l’innovation et le développement national est aujourd’hui abondante et structurée autour de plusieurs paradigmes théoriques complémentaires. Depuis les travaux fondateurs sur les systèmes nationaux d’innovation (Freeman, 1987; Lundvall, 1992), jusqu’aux contributions plus récentes sur la « troisième mission » des universités et la symbiose université-entreprise (Bekkouche, 2023), un consensus émerge. C’est : la capacité d’un pays à générer, diffuser et mobiliser des connaissances scientifiques qui conditionne sa compétitivité économique et sa résilience face aux chocs externes.

Dans le contexte des pays en développement, cette dynamique prend une dimension supplémentaire. L’Espace Sciences et Société a régulièrement souligné la nécessité d’une diplomatie scientifique francophone (Aubin, 2025; Emmanuel, 2025) capable de repositionner des pays comme Haïti dans les circuits de production et de partage du savoir mondial. Le lancement de la rubrique « Espace Sciences et Société » d’InfosNation en octobre 2025 (Aubin, 2025) s’inscrit précisément dans la perspective de créer des espaces de réflexion et de diffusion scientifique ancrés dans les réalités locales tout en s’appuyant sur les standards internationaux.

La littérature récente sur les risques naturels et le changement climatique apporte une dimension supplémentaire à cette réflexion. Pour des pays comme Haïti, particulièrement vulnérables aux aléas naturels – cyclones, séismes, inondations, sécheresses – la science n’est pas un ornement intellectuel mais un outil de survie collective. Emmanuel (2025) a mis en lumière les conséquences des changements climatiques sur les familles haïtiennes, appelant à une mobilisation scientifique et sociale urgente. François (2025) a analysé le paradoxe de l’ouragan Melissa, violent mais « muet » médiatiquement, montrant comment la communication scientifique des catastrophes est aussi importante que leur étude.

Cette revue de littérature synthétise les connaissances disponibles sur quatre axes thématiques directement pertinents pour la situation haïtienne: les systèmes nationaux d’innovation et leur architecture institutionnelle; le transfert de connaissances et de technologies comme levier de développement territorial; les expériences africaines et caribéennes comme modèles de référence; et la recherche haïtienne émergente sur les thématiques de résilience environnementale et d’innovation agricole.

 2.2. Synthèse des connaissances

2.2.1. Les systèmes nationaux d’innovation : fondements théoriques

La notion de Système National d’Innovation (SNI) a été conceptualisée pour rendre compte de l’ensemble des institutions, organisations et politiques qui influencent le développement, la diffusion et l’utilisation des innovations dans un pays. Casadella et Uzunidis (2020) proposent une propédeutique à la théorie des SNI appliquée au développement économique, soulignant que ces systèmes ne sont pas de simples assemblages d’acteurs mais des configurations institutionnelles dynamiques dont l’efficacité dépend des interactions entre leurs composantes. Pour des économies comme celles d’Haïti, la construction d’un SNI fonctionnel exige avant tout la mise en place d’un cadre régulateur solide – ce que l’ANESRS est précisément appelée à    élaborer et à veiller à son application.

Les SNI des pays africains, analysés par Mugwagwa et Banda dans le cadre de l’ouvrage « Construire des systèmes scientifiques en Afrique », offrent des enseignements précieux sur les conditions institutionnelles nécessaires au développement scientifique dans des contextes de ressources limitées. Ces auteurs montrent que les conseils de recherche, lorsqu’ils bénéficient d’une autonomie suffisante et d’un financement prévisible, jouent un rôle central dans la coordination des priorités de recherche et l’allocation des ressources vers les domaines les plus stratégiques. L’ANESRS haïtienne est appelée à jouer un rôle analogue, en assurant non seulement la coordination et la régulation mais aussi le financement et l’orientation stratégique de la recherche nationale.

Charles (2016), dans sa thèse sur les activités de recherche scientifique et le développement économique des territoires, souligne que la géographie de la science – c’est-à-dire la localisation spatiale des centres de recherche et leur articulation avec les tissus économiques locaux – détermine en grande partie l’impact développemental de la recherche. Cette perspective invite à penser la recherche haïtienne non pas seulement comme une activité universitaire abstraite, mais surtout comme un levier ancré dans les réalités territoriales et les besoins spécifiques des différentes régions du pays.

2.2.2. Le transfert de connaissances et la symbiose université-entreprise-environnement

Le transfert de connaissances vers les secteurs économiques est aujourd’hui reconnu comme la « troisième mission » des universités. Cette mission implique un ensemble d’activités qui vont de la valorisation des résultats de la recherche (brevets, licences, spin-off) à la formation continue, en passant par les consultances, les partenariats de recherche et développement et la participation aux débats de politique publique. Bekkouche (2023) analyse en profondeur comment structurer cette symbiose université-entreprise à travers l’innovation et le partenariat stratégique. Nous avons pensé qu’il est important d’ajouter le concept environnement dans cette symbiose pour bien montrer qu’il importe toujours de considérer le contexte haïtien dans toute approche de recherche scientifique avec la perspective de se pencher fondamentalement sur les problèmes de recherche du pays.

Guerreiro et Vairinho (2021) examinent spécifiquement le rôle du transfert de connaissances dans l’affirmation scientifique des petites et moyennes universités, à travers le cas de l’Université d’Algarve au Portugal. Leur analyse montre que même dans des contextes de ressources limitées, des universités de taille modeste peuvent développer des stratégies efficaces de transfert si elles parviennent à identifier clairement leurs niches de spécialisation et à nouer des partenariats ciblés avec le tissu économique local et régional. Cette étude de cas présente une pertinence directe pour les institutions universitaires haïtiennes.

Ndiaga (2025) enrichit cette réflexion en analysant le transfert technologique dans une perspective de développement territorial, soulignant que ce processus ne se limite pas à une simple transaction de connaissances mais implique une transformation des capacités d’absorption des acteurs récepteurs. Cette notion de « capacité d’absorption » est particulièrement importante pour Haïti : le transfert de connaissances vers les secteurs agricole, sanitaire ou environnemental ne sera efficace que si les acteurs de ces secteurs disposent des compétences nécessaires pour mobiliser et adapter les connaissances transférées.

Vigneault (2019) apporte une perspective complémentaire à travers son analyse de la recherche appliquée collégiale au Québec. Il montre que les établissements d’enseignement supérieur de niveau intermédiaire peuvent jouer un rôle crucial dans le transfert de connaissances vers les petites et moyennes entreprises et les collectivités locales. Cette approche est intéressante pour Haïti, dont le tissu économique est dominé par de petites structures artisanales et entrepreneuriales.

2.2.3. Innovation territoriale et milieux créateurs

Landry, Lamari et Nimijean (1999) ont développé le concept de « milieux créateurs » pour désigner des environnements géographiques et institutionnels propices à l’émergence et à la diffusion de l’innovation. Ces milieux se caractérisent par la densité et la qualité des interactions entre les acteurs économiques, les institutions de recherche, les gouvernements et la société civile.

Pour Haïti, la construction de milieux créateurs constitue un défi majeur mais non insurmontable. Des initiatives récentes illustrent la vitalité de la communauté scientifique haïtienne. Le projet CAFECLIMAT a mobilisé de jeunes scientifiques haïtiens autour des enjeux climatiques (Noncent, 2025). Des clubs de jeunes en sciences de l’eau, analysés par Bernard (2025), expérimentent de nouvelles formes de médiation scientifique capables de connecter la recherche aux citoyens. Le projet AIPAGRI, documenté par Millien (2025), explore l’utilisation de l’intelligence artificielle pour la détection précoce des stress climatiques dans l’agriculture haïtienne, démontrant la capacité des chercheurs locaux à mobiliser des technologies de pointe au service des réalités du terrain.

Coussot (2008), dans sa thèse sur l’Arctique dans l’économie du savoir, analyse comment des réseaux de centres d’excellence peuvent construire des écosystèmes scientifiques dans des contextes défavorisés. Sa démonstration de la manière dont le réseau ArcticNet a réussi à mobiliser des ressources dispersées autour d’une vision commune offre des enseignements transposables pour Haïti, notamment sur l’importance des réseaux comme structures de coordination de la recherche. C’est précisément ce que fait le LMI-CARIBACT, analysé en détail dans la section des résultats.

Guillaume et Macron (2007) analysent les différents acteurs de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, montrant comment la complexité institutionnelle peut à la fois enrichir et entraver les dynamiques d’innovation. Leur appel à une meilleure coordination entre ces acteurs résonne avec les enjeux haïtiens, où la prolifération d’institutions universitaires non régulées a créé une fragmentation préjudiciable à l’efficacité collective.

2.2.4. Science et résilience climatique: la recherche haïtienne émergente

Un ensemble de travaux récents publiés par l’Espace Sciences et Société d’InfosNation illustre la montée en puissance d’une recherche haïtienne appliquée aux enjeux environnementaux et climatiques. Ces travaux sont particulièrement significatifs car ils démontrent, contre tout pessimisme, que des chercheurs haïtiens sont en train de produire des connaissances scientifiques à partir des réalités du pays souvent en lien avec des équipes internationales.

Jacinthe (2025) a analysé les défis de la modélisation climatique régionale pour Haïti, plaidant pour des projections plus fiables permettant de mieux anticiper les impacts du changement climatique sur le territoire haïtien. Ce travail souligne l’insuffisance des données climatiques locales et la nécessité d’investir dans des réseaux d’observation et des capacités de modélisation adaptées aux spécificités géographiques de l’île. La recherche de Jacinthe rejoint les préoccupations de François (2025) sur la communication des risques cycloniques : si les projections climatiques s’améliorent mais que les mécanismes de communication et d’alerte restent défaillants, la réduction des risques de catastrophe reste limitée.

Dans le domaine de l’agriculture, un des secteurs les plus vulnérables aux aléas climatiques en Haïti, plusieurs contributions témoignent d’une appropriation créative des technologies numériques et de l’intelligence artificielle. Millien (2025) présente le projet AIPAGRI, qui vise à développer des outils d’intelligence artificielle pour la détection précoce des stress climatiques affectant les cultures haïtiennes. Cette approche, qui combine télédétection satellitaire, modélisation et apprentissage automatique, représente un saut technologique significatif pour un pays où l’agriculture reste largement traditionnelle.

Nicolas (2025) et Picard (2025) documentent deux initiatives complémentaires autour de la filière mangue, l’une des plus importantes pour l’économie rurale haïtienne. Nicolas présente un tuteur numérique intelligent pour accompagner les producteurs de mangues, tandis que Picard explore comment l’intelligence artificielle peut intervenir directement dans la protection des manguiers contre les maladies et les stress environnementaux. Ces deux travaux illustrent comment la recherche haïtienne peut s’emparer des technologies les plus avancées pour répondre à des besoins très concrets des communautés rurales.

Blanc (2025) s’intéresse à la résilience des récifs coralliens haïtiens face aux stress climatiques et environnementaux. Ces écosystèmes marins jouent un rôle crucial pour la protection des côtes, la sécurité alimentaire des communautés de pêcheurs et le développement du tourisme. Leur dégradation, accélérée par le réchauffement des océans, l’acidification, la pollution et la surpêche, menace directement les moyens de subsistance de nombreuses communautés côtières haïtiennes. La recherche de Blanc souligne l’urgence de développer des stratégies de conservation adaptées et de mobiliser des ressources pour la restauration corallienne.

Enfin, Emmanuel (2025) a réalisé un compte-rendu critique d’un ouvrage sur la protection des familles face aux conséquences des changements climatiques, soulignant la dimension sociale et familiale de la vulnérabilité climatique. Cette perspective humaniste est essentielle pour rappeler que la recherche scientifique sur le climat ne prend son sens que si elle se traduit en politiques et en pratiques capables de protéger les personnes les plus vulnérables.

2.2.5. La médiation scientifique comme outil de transfert

Bernard (2025) a exploré la place de la médiation scientifique dans l’établissement des clubs de jeunes en sciences de l’eau. Sa contribution met en lumière un aspect souvent négligé des politiques scientifiques : la communication et la diffusion des connaissances vers des publics non spécialistes. Pour Haïti, où une grande partie de la population n’a pas accès à l’enseignement supérieur, la médiation scientifique représente un levier essentiel pour que les bénéfices de la recherche atteignent l’ensemble de la société.

Cette préoccupation rejoint les réflexions de Noncent (2025) sur le CAFECLIMAT, qui a expérimenté un format de café-débat scientifique pour engager les jeunes haïtiens dans des discussions sur les enjeux climatiques. Ces initiatives de science citoyenne et de médiation scientifique sont des composantes à part entière d’un écosystème de l’innovation : elles contribuent à construire une culture scientifique dans la société, à identifier des besoins de recherche à partir des préoccupations citoyennes, et à diffuser les résultats de la recherche vers les utilisateurs finaux.

La médiation scientifique est également un vecteur d’attraction des jeunes vers les carrières scientifiques. En montrant que la science peut répondre à des questions concrètes sur leur environnement, leurs cultures, leur santé, les initiatives de médiation contribuent à élargir le vivier de futurs chercheurs et à diversifier les profils des étudiants qui s’engagent dans les filières scientifiques.

2.2.6. Expériences africaines et caribéennes: leçons pour Haïti

Le contexte africain offre des parallèles particulièrement instructifs pour Haïti. Les pays d’Afrique subsaharienne ont fait face à des défis similaires – héritage colonial, sous-financement, fragilité institutionnelle – et ont développé des stratégies diverses pour construire des systèmes scientifiques nationaux. Mugwagwa et Banda montrent que les conseils de la recherche scientifique qui ont le mieux réussi sont ceux qui ont combiné une autonomie institutionnelle réelle avec des mécanismes de redevabilité transparents et des liens fonctionnels avec les acteurs économiques et les décideurs politiques.

Dans le contexte caribéen, Aubin (2025) a offert un regard sur la gouvernance universitaire dans la Caraïbe à travers l’ouvrage éponyme, montrant que la région partage des défis communs liés à la petite taille des économies, à la vulnérabilité aux catastrophes naturelles et aux migrations massives de compétences. La coopération régionale en matière d’enseignement supérieur et de recherche apparaît dans ce contexte non pas comme un luxe mais comme une nécessité stratégique. L’ANESRS gagnerait à s’inscrire résolument dans les réseaux caribéens et francophones de l’enseignement supérieur, notamment à travers l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF).

La diplomatie scientifique, analysée par Emmanuel (2025) comme un nouveau dialogue Sud-Nord, représente une stratégie complémentaire pour renforcer la visibilité internationale de la recherche haïtienne. Cette approche consiste à mobiliser les ressources scientifiques dans la construction de partenariats politiques et économiques, en faisant de la science un langage commun capable de transcender les asymétries de pouvoir entre pays du Nord et pays du Sud.

La revue de littérature met en évidence plusieurs conclusions essentielles. Premièrement, la promotion de la recherche scientifique et de l’innovation nécessite des institutions solides, autonomes et bien coordonnées. Deuxièmement, le transfert de connaissances vers les secteurs économiques est un processus complexe qui requiert des dispositifs institutionnels spécifiques et des capacités d’absorption suffisantes chez les acteurs récepteurs. Troisièmement, la recherche haïtienne émergente sur les thématiques climatiques, agricoles et environnementales démontre l’existence d’une communauté scientifique nationale active et compétente, qu’il importe d’organiser, de financer et de valoriser. Quatrièmement, des modèles de partenariat Nord-Sud de type laboratoire international commun offrent des voies prometteuses pour renforcer les capacités de recherche tout en préservant la souveraineté scientifique nationale. L’objectif général du présent travail est de contribuer à la construction de cette vision en analysant les grands chantiers de l’ANESRS, en proposant des éléments de politique publique fondés sur la littérature et l’expérience comparative, et en formulant un appel pour financement à destination des bailleurs de fonds internationaux.

3. Méthodologie

3.1. Approche générale

Cette étude adopte une approche qualitative et interprétative, fondée sur l’analyse documentaire, l’analyse de contenu et la comparaison de cas. Elle mobilise plusieurs sources de données complémentaires : les documents fondateurs de l’ANESRS, notamment le décret du 30 juin 2020 portant sa création et les présentations des « Grands Chantiers » réalisées lors du lancement officiel du 27 février 2026. Au cours de ce lancement, il y a lieu de mentionner les interventions publiques des acteurs clés – Professeur Hérold Toussaint (président de l’ANESRS), Professeur Evens Emmanuel, Dr Jacques Abraham, recteur Jocelyn Val, ministre Augustin Antoine et représentant UNESCO Eric Voli Bi ; les publications de l’Espace Sciences et Société d’InfosNation, qui constituent un corpus haïtien d’articles relatifs aux enjeux de l’enseignement supérieur portant sur le climat, l’agriculture et l’environnementainsi que la littérature scientifique internationale mobilisée dans la revue de littérature.

3.2. Matériels et méthodes

L’analyse a porté sur la présentation « Les Grands Chantiers de l’ANESRS » du 27 février 2026, qui détaille les cinq axes stratégiques de l’agence : la réglementation et la normalisation de l’enseignement supérieur, l’assurance qualité et l’accréditation, la promotion de la recherche scientifique et de l’innovation, l’intégration internationale, le pilotage et la veille stratégique.

L’analyse a également porté sur les informations disponibles sur le Laboratoire Mixte International CARIBACT (Risques naturels, variabilité climatique et impacts dans le nord des Caraïbes), financé par l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD-France). Ce laboratoire est analysé comme un cas exemplaire de partenariat scientifique Nord-Sud ancré en Haïti, offrant un modèle transposable à d’autres domaines de la recherche haïtienne.

L’analyse de contenu thématique a permis d’identifier les convergences et divergences entre la vision de l’ANESRS et les recommandations de la littérature internationale, et de repérer les lacunes et les opportunités dans la stratégie en cours d’élaboration. Un corpus de dix-huit articles scientifiques et de vulgarisation publiés par l’Espace Sciences et Société entre octobre 2025 et mars 2026 a été analysé pour documenter la vitalité de la recherche haïtienne émergente et identifier les thématiques prioritaires. La démarche méthodologique s’inscrit dans une posture de recherche-action, visant non seulement à décrire et analyser les problèmes mais aussi à contribuer à la réflexion des décideurs et des acteurs impliqués dans la construction du système scientifique haïtien.

4. Résultats et discussions

4.1. Les grands chantiers de l’ANESRS: une vision ambitieuse

4.1.1. De la DESRS à l’ANESRS: une rupture institutionnelle

Le lancement officiel de l’ANESRS le 27 février 2026 à l’hôtel Karibe de Port-au-Prince représente bien plus qu’un transfert bureaucratique de responsabilités. Il constitue, comme l’a souligné le ministre de l’Éducation nationale Augustin Antoine, « le passage de l’intention à l’action, de la vision à l’opérationnalisation, de l’espérance à la responsabilité ». La cérémonie de passation symbolique des dossiers de la DESRS à l’ANESRS entend matérialiser une transition harmonieuse a partir d’une direction ministérielle dépendante et sous-dotée vers un organisme public autonome, doté d’un mandat clair et d’une gouvernance collégiale.

Cette transformation institutionnelle répond à un diagnostic lucide de la situation de l’enseignement supérieur haïtien. La DESRS n’avait ni les moyens ni l’autonomie nécessaires pour exercer une régulation effective sur un secteur comprenant plus de 300 institutions universitaires, dont beaucoup fonctionnent sans aucune forme d’accréditation ou d’évaluation externe. Cette prolifération incontrôlée a produit des effets négatifs sur la qualité de la formation, sur la crédibilité des diplômes haïtiens à l’international et sur la capacité du système à générer une recherche de qualité.

4.1.2. Les cinq piliers stratégiques

Les grands chantiers présentés lors du lancement du 27 février 2026 par le Dr Jacques Abraham et le Professeur Evens Emmanuel s’articulent autour de cinq axes stratégiques. Le premier pilier, la réglementation et la normalisation, vise à doter le secteur d’un cadre normatif complet : classification des établissements, définition des standards nationaux de qualité, règles de gouvernance institutionnelle. Le deuxième pilier, l’assurance qualité et l’accréditation, met en place des mécanismes d’évaluation continue des institutions et des programmes, en s’alignant sur les standards caribéens et internationaux. Déméro (2026) a montré que les dispositifs les plus efficaces combinent l’auto-évaluation institutionnelle avec l’évaluation externe par des pairs.

Le troisième pilier – la promotion de la recherche scientifique et de l’innovation – est au cœur du présent article. Le Professeur Evens Emmanuel a insisté sur la nécessité de stimuler la production scientifique haïtienne et de l’inscrire dans les circuits internationaux de valorisation du savoir. Cette ambition passe par plusieurs leviers: la création de « Jeunes équipes de recherche » (JER), la mise en place d’un fonds national de financement de la recherche, le développement de partenariats avec des bases de données scientifiques internationales, et l’encouragement de la recherche appliquée dans les secteurs stratégiques.

Le quatrième pilier, l’intégration internationale, reconnaît qu’aucun système scientifique ne peut se développer en vase clos. La vision de l’ANESRS s’appuie sur le renforcement des partenariats avec l’AUF et les universités francophones, le développement de programmes de mobilité étudiante et académique, et la négociation d’accords de reconnaissance mutuelle des diplômes. Le cinquième pilier, le pilotage et la veille stratégique, vise à doter l’ANESRS des outils de connaissance du système nécessaires à une gouvernance éclairée: système d’information sur l’enseignement supérieur, tableaux de bord d’indicateurs, observatoire de l’emploi académique et des besoins du marché du travail.

4.2. Le LMI-CARIBACT: un modèle de partenariat scientifique Nord-Sud ancré en Haïti

4.2.1. Présentation et architecture institutionnelle

Comment Haïti peut-elle se positionner comme un pôle scientifique régional dans les Caraïbes? Le Laboratoire Mixte International CARIBACT (Risques naturels, variabilité climatique et impacts dans le nord des Caraïbes) offre une réponse concrète et exemplaire à cette question. Soutenu par l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD-France), CARIBACT rassemble l’Université d’État d’Haïti (UEH) et le laboratoire Géoazur en France. Il entretient des partenariats solides avec l’Université Quisqueya (uniQ) en Haïti, les laboratoires LOCEAN et IGE en France, ainsi que l’Université des Antilles.

Le laboratoire est codirigé par le Professeur Dominique Boisson de l’UEH et le Professeur Eric Calais du laboratoire Géoazur, incarnant ainsi le principe de codirection paritaire Nord-Sud qui distingue ce modèle des formes traditionnelles de coopération scientifique souvent marquées par une asymétrie au détriment des partenaires du Sud. Cette codirection est symboliquement et pratiquement importante/ Celle-ci signifie que les chercheurs haïtiens ne sont pas de simples récepteurs d’expertise étrangère mais des acteurs scientifiques à part entière, qui co-construisent les agendas de recherche et participent aux prises de décision institutionnelles.

CARIBACT cherche à intégrer les collaborations régionales dans le nord des Caraïbes avec des partenaires universitaires intéressés par la recherche multidisciplinaire sur les risques environnementaux et le transfert de ces connaissances aux décideurs et à la société civile. Cette dimension de transfert vers les décideurs et la société civile est fondamentale car elle distingue CARIBACT d’un laboratoire purement académique et l’inscrit dans une logique de recherche-action au service du développement durable de la région.

4.2.2. Les quatre axes scientifiques et leur pertinence pour Haïti

Le LMI-CARIBACT organise ses activités scientifiques autour de quatre axes thématiques d’une cohérence remarquable avec les priorités de développement d’Haïti et de la région caribéenne.

Le premier axe, consacré aux risques sismiques et de tsunamis, vise à améliorer la connaissance des risques régionaux et à mieux comprendre les relations entre la tectonique active et la variabilité climatique. Pour Haïti, dont la mémoire collective est encore profondément marquée par le séisme dévastateur du 12 janvier 2010, cet axe de recherche est d’une importance capitale. Comprendre les mécanismes de la sismicité régionale, améliorer les capacités de surveillance des failles actives et développer des systèmes d’alerte précoce efficaces sont des priorités scientifiques qui peuvent littéralement sauver des vies.

Le deuxième axe sur la variabilité climatique, vise à analyser la variabilité climatique régionale passée et récente afin d’éclairer les projections pour les décennies et les siècles à venir. Cet axe rejoint directement les préoccupations exprimées par Jacinthe (2025) sur la nécessité de disposer de projections climatiques plus fiables pour Haïti, et par Emmanuel (2025) sur les conséquences des changements climatiques pour les familles haïtiennes. Les données et les modèles produits dans ce cadre sont indispensables pour que les acteurs haïtiens – gouvernement, agriculteurs, communautés côtières, secteur de la santé – puissent anticiper les évolutions climatiques et adapter leurs pratiques en conséquence.

Le troisième axe, sur les phénomènes hydroclimatiques extrêmes, vise à anticiper les événements extrêmes en améliorant la connaissance des régimes climatiques et hydrologiques régionaux. Cette thématique est directement liée aux analyses de François (2025) sur la communication des risques cycloniques. Les cyclones, les inondations et les sécheresses constituent les principales sources de chocs climatiques pour Haïti, et leur anticipation par des modèles prédictifs plus précis permettrait d’améliorer significativement la préparation des communautés et l’efficacité des réponses d’urgence.

Le quatrième axe, consacré à l’évolution côtière, se propose de comprendre l’évolution des zones côtières dans un contexte de variabilité climatique, de sismotectonique et d’anthropisation intensive. Cet axe entre en résonance directe avec les recherches de Blanc (2025) sur la résilience des récifs coralliens haïtiens, qui constituent un élément-clé de la protection naturelle des côtes. La montée du niveau de la mer, l’érosion côtière, la dégradation des mangroves et des récifs coralliens sont des processus qui menacent directement des millions d’Haïtiens vivant en zone littorale.

4.2.3. Le LMI-CARIBACT comme modèle réplicable pour l’ANESRS

L’expérience de CARIBACT offre à l’ANESRS plusieurs enseignements précieux pour la structuration de sa politique de promotion de la recherche avec des partenaires nationaux et internationaux. Premièrement, le modèle de laboratoire mixte international avec codirection paritaire démontre qu’il est possible de construire des partenariats Nord-Sud véritablement équilibrés, où les scientifiques haïtiens exercent un leadership réel. Ce modèle mérite d’être promu et répliqué dans d’autres domaines scientifiques stratégiques pour Haïti. Bien entendu, la compétence doit toujours être au rendez-vous au niveau de la direction conjointe d’un laboratoire mixte, national et international.

Deuxièmement, l’ancrage du LMI-CARIBACT dans des institutions universitaires haïtiennes – l’UEH et l’Université Quisqueya – garantit que les capacités et les connaissances produites peuvent rester en Haïti et contribuer au renforcement des institutions académiques nationales. Ce modèle contraste avec des formes de coopération scientifique qui localisent l’essentiel des activités de recherche dans les pays du Nord, ne laissant aux partenaires du Sud qu’un rôle de collaborateur de second plan ou d’apporteur de données de terrain.

Troisièmement, la dimension régionale de CARIBACT, qui cherche à intégrer des partenaires dans l’ensemble du nord des Caraïbes, positionne Haïti comme un hub scientifique régional plutôt que comme un simple bénéficiaire de l’aide internationale. L’ANESRS devrait encourager et soutenir cette dimension régionale de la recherche haïtienne, qui valorise la position géographique d’Haïti comme atout plutôt que comme contrainte. En devenant un centre de production de connaissances sur les risques caribéens, Haïti peut exercer une influence scientifique qui dépasse ses frontières nationales et renforce son rayonnement diplomatique et culturel.

Quatrièmement, la thématique choisie par CARIBACT – les risques naturels et la variabilité climatique – est d’une pertinence directe pour les défis de développement haïtiens. Elle illustre un principe fondamental de politique scientifique : les priorités de recherche doivent être alignées sur les besoins réels de la société et de l’économie. L’ANESRS gagnerait à systématiser cet alignement en développant un mécanisme de consultation des acteurs économiques et sociaux pour identifier les thématiques de recherche les plus urgentes.

4.3. La promotion de la recherche: de la vision aux mécanismes

4.3.1. Stimuler la production scientifique

La faible présence d’Haïti dans les bases de données scientifiques internationales est à la fois un symptôme et une cause de la marginalisation du pays dans les circuits mondiaux de production du savoir. Rompre ce cercle vicieux nécessite une action simultanée sur plusieurs fronts. D’abord, la création d’un fonds national de financement de la recherche, doté de ressources suffisantes et géré selon des procédures transparentes et compétitives, est indispensable. Les expériences africaines analysées par Mugwagwa et Banda montrent que les conseils de recherche qui disposent de budgets prévisibles et d’une autonomie de gestion réelle ont les meilleures performances en termes de production scientifique.

Le développement de partenariats avec des éditeurs et des bases de données scientifiques pour faciliter l’indexation des revues scientifiques haïtiennes est une priorité. L’Espace Sciences et Société d’InfosNation, en soutenant la Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche (DORA) (Espace Sciences et Société, 2025), a pris position pour une évaluation de la recherche fondée sur la qualité intrinsèque des travaux plutôt que sur des indicateurs bibliométriques réducteurs. Cette position ouvre des espaces nouveaux pour les pays du Sud dans les circuits internationaux de valorisation scientifique.

La création de doctorats en cotutelle avec des universités étrangères représente une autre piste prometteuse. Ces dispositifs permettent à de jeunes chercheurs haïtiens de bénéficier d’un encadrement de qualité et d’un accès aux infrastructures de recherche de leurs universités partenaires, tout en restant connectés à leurs terrains de recherche haïtiens. Les thèses réalisées dans le cadre de CARIBACT illustrent concrètement ce que peut produire une telle formule.

4.3.2. La recherche appliquée et l’innovation: l’apport des technologies numériques

La recherche appliquée est particulièrement cruciale pour un pays comme Haïti, confronté à des défis urgents dans des domaines aussi variés que la sécurité alimentaire, la santé publique, la gestion des catastrophes naturelles, l’eau et l’assainissement, ou encore la transition énergétique. Développer cette forme de recherche suppose de repenser la mission des universités haïtiennes et de créer des dispositifs institutionnels permettant de connecter les chercheurs aux acteurs socio-économiques qui ont besoin de leurs connaissances.

Dans le secteur agricole, les projets AIPAGRI (Millien, 2025) et les initiatives autour de la filière mangue (Nicolas, 2025; Picard, 2025) illustrent comment les technologies numériques et l’intelligence artificielle peuvent être mobilisées pour renforcer la résilience agricole haïtienne. Le projet AIPAGRI vise à développer des algorithmes capables de détecter précocement les stress climatiques affectant les cultures, à partir de données satellitaires et de capteurs au sol. Cette approche permet d’anticiper les crises agricoles et d’orienter les interventions d’urgence avant que les dégâts ne deviennent irréversibles.

Le tuteur numérique intelligent pour producteurs de mangues développé par Nicolas (2025) s’inscrit dans une logique de vulgarisation agricole augmentée par les technologies numériques. En combinant une base de connaissances agronomiques sur la mangue haïtienne avec un système d’interaction conversationnelle accessible depuis un téléphone mobile basique, ce projet vise à mettre à la disposition des paysans des informations techniques de qualité, dans leur langue et adaptées à leurs conditions spécifiques. Picard (2025) explore, de son côté, comment l’IA peut intervenir directement dans la reconnaissance et le traitement des maladies des manguiers, réduisant ainsi les pertes post-récolte qui constituent un frein majeur à la compétitivité de la filière.

Ces initiatives illustrent un principe essentiel de politique d’innovation pour des pays comme Haïti: l’innovation ne consiste pas nécessairement à développer des technologies à la frontière de la recherche mondiale, mais peut aussi – et surtout – consister à adapter, contextualiser et déployer des technologies existantes pour répondre à des besoins locaux spécifiques. Bekkouche (2023) insiste sur l’importance de cette « innovation d’adaptation » dans la stratégie des pays en développement, soulignant que la symbiose université-entreprise peut produire une valeur considérable même en l’absence d’une recherche fondamentale de pointe.

4.3.3. Le transfert de connaissances vers les secteurs stratégiques

Le transfert de connaissances vers les secteurs économiques stratégiques doit s’opérer dans plusieurs domaines prioritaires. En agriculture, les travaux récents publiés par l’Espace Sciences et Société montrent que des initiatives innovantes existent, de la détection des stress climatiques par IA (Millien, 2025) au tutorat numérique des producteurs (Nicolas, 2025). Ces initiatives doivent être soutenues, amplifiées et intégrées dans un cadre de politique agricole cohérent. Le transfert de ces innovations vers les communautés rurales nécessite des relais institutionnels efficaces: organisations paysannes, services de vulgarisation agricole, coopératives.

Dans le domaine de la gestion des risques naturels, les travaux de CARIBACT et les contributions de chercheurs haïtiens sur les projections climatiques (Jacinthe, 2025) et les risques cycloniques (François, 2025) constituent des bases scientifiques précieuses pour des politiques de réduction des risques de catastrophe plus efficaces. Le défi consiste à créer des ponts opérationnels entre la communauté scientifique et les décideurs politiques, les autorités de protection civile et les communautés exposées.

Dans le domaine de l’environnement marin, les recherches de Blanc (2025) sur les récifs coralliens haïtiens appellent des politiques de conservation adaptées. Les récifs coralliens sont à la fois un enjeu de biodiversité, un facteur de protection côtière et une ressource économique pour les pêcheurs. Leur gestion requiert une approche intégrée combinant la recherche scientifique, la réglementation, la sensibilisation des communautés côtières et la coopération internationale.

Ndiaga (2025) insiste sur l’importance de développer des capacités d’absorption suffisantes dans les secteurs récepteurs pour que le transfert de connaissances soit effectif. Cette perspective invite à combiner les politiques de promotion de la recherche avec des investissements dans la formation professionnelle continue et dans le développement des capacités managériales et techniques des acteurs économiques. L’ANESRS pourrait jouer un rôle de coordination en aidant à cartographier les besoins en connaissances des différents secteurs et en orientant les priorités de recherche des universités en conséquence.

4.4. Le genre, la jeunesse et l’inclusion dans la vision de l’ANESRS

La question de l’inclusion dans le système de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique occupe une place centrale dans la vision de l’ANESRS. Le Professeur Hérold Toussaint a affirmé avec force que « l’avenir de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique en Haïti ne saurait se concevoir sans une participation pleine, équitable et valorisée des femmes ». Cette déclaration s’inscrit dans un contexte où les femmes sont encore significativement sous-représentées dans les fonctions de direction académique, dans les programmes scientifiques et technologiques, et dans la production de recherche publiée.

La question de la jeunesse est indissociable de celle du genre. Les « Jeunes équipes de recherche » (JER) évoquées dans les chantiers de l’ANESRS représentent une initiative prometteuse pour offrir aux jeunes chercheurs haïtiens des perspectives professionnelles attractives dans leur pays. Les clubs de jeunes en sciences de l’eau analysés par Bernard (2025) illustrent comment la médiation scientifique peut contribuer à éveiller les vocations scientifiques dès le plus jeune âge et à diversifier les profils des futurs chercheurs. Abraham (2026) a analysé les inégalités scolaires structurelles qui déterminent l’accès à l’enseignement supérieur, montrant que la démocratisation de cet accès est une condition préalable à la diversification de la base sociale de la recherche.

La médiation scientifique, au-delà de sa fonction de diffusion des connaissances, joue ainsi un rôle structurant dans la construction d’une culture scientifique inclusive. Les initiatives documentées par Noncent (2025) avec le CAFECLIMAT et par Bernard (2025) avec les clubs de sciences de l’eau témoignent d’une conviction partagée : la science appartient à tous, et les jeunes Haïtiens – quel que soit leur milieu social, leur genre ou leur région – ont le droit et la capacité de s’en emparer.

4.5. Perspectives d’avenir pour les acteurs de l’enseignement supérieur haïtien

Le lancement de l’ANESRS ouvre plusieurs perspectives d’avenir pour les différents acteurs du système de l’enseignement supérieur haïtien. Pour les universités, il s’agit d’une invitation à entrer dans une démarche d’amélioration continue de la qualité, à développer des stratégies de recherche et d’innovation cohérentes avec leur mission et leur contexte, et à nouer des partenariats durables avec les acteurs économiques et sociaux. Pour les chercheurs, la création de mécanismes de financement de la recherche et de valorisation des résultats représente une transformation potentiellement considérable de leurs conditions d’exercice.

Pour les étudiants, la régulation du système universitaire signifie une meilleure garantie de la qualité de leur formation et de la valeur de leurs diplômes. Saint Cyr (2026), dans son discours lors de l’installation des membres du Conseil de l’enseignement supérieur, a insisté sur la responsabilité collective de construire un système qui serve les générations futures. Pour la société haïtienne dans son ensemble, l’émergence d’un système universitaire et de recherche digne de ce nom représente un levier de développement économique, de renforcement de la démocratie et de construction de souveraineté.

Emile (2025), à travers sa réflexion sur la décolonialité et la créolisation, invite à penser le développement scientifique haïtien comme un processus d’affirmation identitaire et culturelle autant que de modernisation technologique. La science haïtienne doit être à la fois universelle dans ses méthodes et ses ambitions, et ancrée dans les réalités, les savoirs et les questions spécifiques à la société haïtienne. Les travaux sur les récifs coralliens haïtiens (Blanc, 2025), sur les écosystèmes liés à la mangue (Nicolas, 2025; Picard, 2025), sur les risques sismiques et climatiques caribéens (CARIBACT): autant d’exemples d’une science haïtienne qui s’approprie les méthodes universelles pour étudier ses propres territoires et ses propres défis.

4.6. Éléments de politique publique

Sur la base de l’analyse des grands chantiers de l’ANESRS, de l’expérience de CARIBACT et de la revue de littérature, plusieurs éléments de politique publique peuvent être formulés.

En matière de financement de la recherche: augmenter progressivement la part du budget national consacrée à la recherche et au développement, en visant 1% du PIB conformément aux recommandations de l’UNESCO; créer un fonds national de recherche compétitif géré par l’ANESRS, alimenté par des ressources publiques et privée ; développer des incitations fiscales pour les entreprises qui investissent dans la R&D en partenariat avec les universités; et mobiliser les financements internationaux disponibles pour abonder ce fonds. La valorisation de la filière mangue par l’IA (Picard, 2025; Nicolas, 2025) et le projet AIPAGRI (Millien, 2025) illustrent précisément le type d’initiatives à financer en priorité.

En matière de gouvernance et de régulation: adopter rapidement les textes réglementaires d’application du décret de création de l’ANESRS; mettre en place un système d’accréditation crédible et transparent, aligné sur les standards caribéens et internationaux ; et assurer la parité de genre dans la composition des instances de gouvernance.              En matière de transfert de connaissances, il s’agit de créer des structures de valorisation de la recherche au sein des principales universités, développer des programmes de recherche-action partenariale impliquant les communautés locales et d’encourager la science ouverte.

En matière de coopération internationale: il importe de renforcer et de systématiser le modèle de laboratoire mixte international inauguré par CARIBACT, en l’étendant à d’autres domaines stratégiques (agriculture, santé, environnement, numérique); développer des programmes de bourses et de mobilité assortis de mécanismes d’incitation au retour; et faciliter la participation des chercheurs de la diaspora aux activités de recherche en Haïti.                                        

En matière de médiation scientifique et de culture scientifique, il convient :de i) soutenir les initiatives de science citoyenne, les clubs de jeunes scientifiques (Bernard, 2025) et les formats innovants de vulgarisation scientifique comme le CAFECLIMAT (Noncent, 2025), ii) intégrer la médiation scientifique comme une mission reconnue et valorisée des universités haïtiennes.

4.7. Invitation aux bailleurs de fonds internationaux

Le représentant résident de l’UNESCO en Haïti, Eric Voli Bi, a clairement exprimé lors du lancement de l’ANESRS l’engagement de son organisation à accompagner la nouvelle agence. Cet engagement doit maintenant se traduire en actions concrètes grace a des financements appropriees. .

L’appel aux bailleurs de fonds internationaux s’articule autour de quatre axes complémentaires. Le premier est le financement des infrastructures de base de la recherche: équipements de laboratoire, bibliothèques et accès aux ressources documentaires numériques, infrastructures numériques pour la recherche, réseaux d’observation climatique et sismologique. Ces infrastructures sont la condition sine qua non pour que des chercheurs haïtiens puissent produire des données et des connaissances de qualité internationale. Les travaux sur les projections climatiques haïtiennes (Jacinthe, 2025) et les systèmes d’IA agricole (Millien, 2025) démontrent que dès lors que des ressources minimales sont disponibles, les chercheurs locaux sont capables de produire des résultats significatifs.

Le deuxième axe est le financement de programmes de formation et de renforcement des capacités: doctorats en cotutelle sur le modèle CARIBACT, programmes de résidence de recherche, renforcement des capacités institutionnelles de l’ANESRS. Le troisième axe est le soutien au développement institutionnel de l’ANESRS: assistance technique pour la mise en place des systèmes d’accréditation et d’assurance qualité, soutien au développement du système d’information sur l’enseignement supérieur, accompagnement dans la négociation de partenariats internationaux. Le quatrième axe est le financement de recherches collaboratives associant des chercheurs haïtiens et des équipes de pays partenaires, sur des thématiques d’intérêt mutuel: changement climatique, risques naturels, biodiversité marine, agriculture durable, santé tropicale.

L’expérience de CARIBACT démontre que ce type d’investissement dans la recherche collaborative produit des résultats concrets: des connaissances scientifiques publiées dans des revues internationales, des thèses soutenues par de jeunes chercheurs haïtiens, des capacités institutionnelles renforcées à l’UEH et à l’Université Quisqueya, et un positionnement d’Haïti comme hub scientifique caribéen dans le domaine des sciences de la Terre et de l’environnement. C’est précisément ce type de résultats mesurables et durables que les bailleurs de fonds devraient chercher à reproduire dans d’autres domaines.

  1. Conclusion

Le lancement officiel de l’ANESRS le 27 février 2026 marque un tournant historique pour le système de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique en Haïti. Après quarante ans de vide légal, Haïti se dote enfin d’un cadre institutionnel autonome, capable d’assurer la régulation, l’évaluation et l’orientation stratégique d’un secteur déterminant pour son avenir. Cette rupture institutionnelle est la condition nécessaire, mais non suffisante, d’une véritable transformation du système scientifique haïtien.

L’analyse croisée des grands chantiers de l’ANESRS, de l’expérience du LMI-CARIBACT et des contributions récentes de chercheurs haïtiens publiées par l’Espace Sciences et Société met en évidence plusieurs conclusions importantes. Premièrement, une communauté scientifique haïtienne active existe et produit des connaissances scientifiques rigoureuses et pertinentes, comme en témoignent les travaux sur l’IA agricole, la modélisation climatique, les récifs coralliens, les risques cycloniques et la médiation scientifique. Ce qu’il manque à cette communauté, c’est un cadre institutionnel capable de valoriser, coordonner et amplifier ces efforts dispersés – et c’est précisément le rôle de l’ANESRS.

Deuxièmement, l’expérience du LMI-CARIBACT démontre qu’il est possible de construire des partenariats scientifiques Nord-Sud véritablement équilibrés, où les institutions haïtiennes exercent un leadership scientifique réel et où les connaissances produites servent directement les besoins de développement du pays. Ce modèle mérite d’être promu, amplifié et répliqué dans d’autres domaines stratégiques.

Troisièmement, la promotion de la recherche scientifique et le transfert de connaissances vers les secteurs économiques stratégiques – agriculture, gestion des risques, environnement marin – appellent des politiques publiques volontaristes et des dispositifs institutionnels innovants. Les technologies numériques et l’intelligence artificielle offrent des opportunités nouvelles pour accélérer ce transfert, comme le montrent les projets AIPAGRI et les initiatives autour de la filière mangue.

En définitive, l’ANESRS représente une promesse: celle d’une Haïti qui croit en son intelligence, qui investit dans sa jeunesse et dans ses chercheurs, et qui ambitionne de contribuer au patrimoine scientifique mondial tout en mobilisant la science au service de son propre développement. Transformer cette promesse en réalité exige un engagement collectif – des institutions haïtiennes, de la diaspora, des partenaires internationaux et des bailleurs de fonds – autour d’une vision commune et d’une action concertée. La vitalité de la recherche haïtienne émergente, illustrée par les contributions réunies dans cet article, donne à fonder un optimisme raisonné sur la capacité d’Haïti à relever ce défi.

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