Par Quetya Aubin
À peine quelques jours après sa parution officielle le 22 octobre 2025, l’ouvrage collectif dirigé par Evens Emmanuel, Alexandra Emmanuel et Max François Millien arrive comme un souffle salvateur dans le paysage de la sensibilisation climatique haïtienne. Édité par l’Université Quisqueya (UniQ) sous l’égide de l’Équipe de Recherche sur les Changements Climatiques (ERC2), ce volume de 83 pages – déposé légal à la Bibliothèque Nationale d’Haïti sous le numéro 25-10-379 et ISBN 978-99994-0-408-2 – n’est pas un traité académique aride, mais un plaidoyer vibrant, accessible et multiforme.
Sous-titré Synthèse des émissions radiophoniques et des articles publiés dans la presse écrite, média en ligne, blog scientifique et les Brèves de l’UniQ sur l’éducation aux changements climatiques, il commémore l’édition 2025 de la Journée Nationale Haïtienne d’Éducation aux Changements Climatiques (JNHECC), célébrée le 1er septembre. InfosNation a le plaisir de vous fournir uncompte-rendu : un hommage à une œuvre qui transforme la science en arme collective contre l’urgence climatique.
Un contexte d’urgence et d’engagement collectif
L’ouvrage s’inscrit dans un moment pivotal pour Haïti, pays des « petits États insulaires en développement » (PEID) où les cyclones, inondations et sécheresses ne sont plus des « événements » isolés, mais des réalités quotidiennes amplifiées par le réchauffement global. Les éditeurs – Evens Emmanuel (ERC2, GHERES, HaSci-So), Alexandra Emmanuel (ERC2, HaSci-So, GHERES) et Max François Millien (LAREZIA, UniQ) – remercient une constellation d’institutions partenaires : de l’IRD (France) au Helvetas Haïti, en passant par la Délégation de l’Union Européenne, Radio National d’Haïti, Le Nouvelliste, Le National et bien sûr Haïti Sciences et Société (HaSci-So), dont le Président m’a mandaté pour cette lecture.
Cette collaboration interdisciplinaire – mêlant géosciences, santé environnementale, journalisme et développement – est le fil rouge du livre, diffusé sous licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International pour favoriser une circulation libre des idées.
Le cœur du volume est la Déclaration de Turgeau, un manifeste incisif qui appelle à institutionnaliser la JNHECC comme pilier national de résilience. Adoptée lors de l’édition 2025, elle insiste sur l’éducation comme « rempart » contre les vulnérabilités haïtiennes : « Éduquer pour survivre, innover pour triompher », clame-t-elle. C’est le socle éthique d’un ouvrage qui refuse l’élitisme scientifique pour embrasser la vulgarisation comme outil démocratique.
Une mosaïque thématique : De la science au récit humain
Le sommaire révèle une structure fluide, presque journalistique : une préface inspirante, une quinzaine de chapitres courts (2-4 pages chacun), une synthèse finale et une conclusion générale. La Préface (« Le Savoir en Action : Pilier de la Résilience Communautaire ») pose le décor : dans un Haïti où 80 % de la population dépend de l’agriculture pluviale, l’éducation climatique n’est pas un luxe, mais une « nécessité vitale ». Les contributeurs – une dream team incluant Quetya Aubin (ERC2, HaSci-So), Esther Kimberly Bazile (Haïti Climat), Noclès Débréus (Le National), Nathan Jean-Pierre (Helvetas) et Jean Pharès Jérôme (Le Nouvelliste) – alternent analyses scientifiques et témoignages terrain, rendant le tout digeste pour un public non spécialiste.
Les chapitres s’articulent autour de trois axes :
• Impacts locaux et narratifs humains : « Nos champs, notre avenir : La lutte des agriculteurs de l’île d’Haïti face au changement climatique » donne la parole aux paysans du Nord, confrontés à des sols érodés et des pluies erratiques. Suit « Le Parc National La Visite : Un cri d’alarme pour Haïti et au-delà », qui alerte sur la International CARIBACT (LMI-CARIBACT). « Le lac Azuei raconte 1000 ans du climat haïtien » est une pépite : via des carottes sédimentaires analysées par l’URGéo, on reconstitue un millénaire de variations climatiques, reliant passé précolombien à l’urgence actuelle. « Comprendre les inondations en Haïti » démystifie les crues du fleuve Artibonite avec des modélisations ERA-5 et CHIRPS, soulignant le rôle de l’urbanisation anarchique.
• Plaidoyer pour l’éducation nationale : Une salve de textes appelle à ancrer la JNHECC dans le calendrier officiel. « 1er septembre, Journée nationale haïtienne d’éducation aux changements climatiques : une nécessité vitale pour Haïti » ( argue pour une intégration curriculaire dès l’école primaire. « Pour une Haïti résiliente : L’éducation comme rempart face aux changements climatiques » et « Haïti s’Éveille au Climat » plaident pour des médias comme vecteurs : radio (Magik 9, Radio Nationale), presse (Le Nouvelliste, le National, InfosNation) et blogs (Brèves de l’UniQ). « L’éducation climatique, une urgence nationale »et « Journée nationale d’éducation aux changements climatiques, une initiative à consolider » insistent sur le soutien étatique, avec un clin d’œil au PNGRD (Plan National de Gestion des Risques et Désastres).
• Dynamiques globales et perspectives : Des chapitres plus techniques vulgarisent les « géants climatiques » : « Les Grandes Antilles sous l’emprise des pluies extrêmes », « ENSO : Un géant du climat qui façonne le destin d’Haïti », « L’Oscillation Multidécennale de l’Atlantique » et « L’Oscillation Décennale du Pacifique (ODP) ». Basés sur des données NOAA et GIEC, ils expliquent comment El Niño ou l’OMA modulent nos moussons, sans jargon excessif. « Le soutien politique de l’État haïtien, un impératif pour une lutte efficace contre les maladies liées au changement climatique » lie climat à santé publique (zoonoses via LAREZIA), tandis que « La Diplomatie Scientifique au service de la Résilience Climatique en Haïti» appelle à une voix haïtienne forte à la COP.
La Synthèse de l’édition 2025 et la Conclusion Générale (« Éduquer pour Survivre, Innover pour Triompher ») bouclent l’ensemble : plus d’une dizaine de contributions médiatiques (juillet-octobre 2025) ont touché des milliers d’auditeurs et lecteurs, amplifiant l’écho de Turgeau vers une « architecture d’une résilience globale ».
Forces et apports : Une vulgarisation exemplaire
Ce qui frappe, c’est l’équilibre : science rigoureuse (références au CNRS, IRD, FAO) au service d’un récit humain, avec cartes, infographies implicites et appels à l’action. Les sigles sont un guide bienvenu pour le néophyte, et la liste des contributeurs humanise l’expertise. L’Espace Sciences et Société d’InfosNation salue cette médiation scientifique : elle comble le fossé entre laboratoires (ERC2, URGéo, LMI-CARIBACT) et communautés, alignée sur les ODD (Objectifs de Développement Durable) et la CCNUCC.
Critique mineure : quelques redites thématiques (l’urgence de la JNHECC) pourraient être resserrées, mais cela renforce le plaidoyer. Globalement, c’est un modèle pour les SHS (Sciences Humaines et Sociales) en contexte fragile.
Conclusion : Un appel à l’action pour tous
Utilisation de la vulgarisation scientifique pour un plaidoyer en faveur de l’éducation climatique en Haïti n’est pas qu’un livre ; c’est un catalyseur. Dans une Haïti où le climat frappe déjà les plus vulnérables – agriculteurs, enfants, écosystèmes comme le Parc La Visite ou Azuei –, il rappelle que l’éducation est notre meilleur bouclier. Aux décideurs (MDE, MARNDR), aux médias et à nous, citoyens : lisons-le, diffusons-le, agissons-le. Pour une Haïti résiliente, la JNHECC 2026 nous attend. Bravo aux éditeurs et contributeurs – vous avez semé des graines d’espoir dans la tempête.
Quetya AUBIN
Pôle Haïti-Antilles, Haïti Sciences et Société (Ha-Sci-So)
Équipe des Partenaires Scientifiques pour la Communication de la Recherche (E-PSi-CoRe)
























