L’ancien ministre de l’Éducation nationale, Pierre Josué Agénor Cadet
Port-au-Prince, le 20 juillet 2026.- Invité de Panel Magik sur Magik 9, ce lundi 20 juillet, l’ancien ministre de l’Éducation nationale, Pierre Josué Agénor Cadet, a soutenu que le système de décharge en Haïti est devenu un instrument de marchandage politique plutôt qu’un mécanisme de reddition de comptes. S’appuyant sur son article intitulé « Décharge en Haïti : le plus grand mensonge juridique de notre démocratie ? », il a plaidé pour une réforme profonde du processus, la dépolitisation de la Cour supérieure des comptes et un renforcement des mécanismes de lutte contre la corruption.
Pour Pierre Josué Agénor Cadet, la décharge, telle qu’elle est appliquée en Haïti, s’est éloignée de son objectif fondamental. Selon lui, ce mécanisme devrait avant tout garantir la reddition de comptes, la transparence dans la gestion des finances publiques et le renforcement de la confiance des citoyens envers les institutions.
L’ancien ministre rappelle que plusieurs dirigeants, depuis Jean-Jacques Dessalines jusqu’à Dumarsais Estimé, ont tenté de combattre la corruption. Il cite notamment la commission d’enquête créée par Estimé en 1956 pour examiner la gestion des fonds publics sous le gouvernement d’Élie Lescot. Cette initiative, selon lui, n’a toutefois jamais produit les effets attendus en raison des bouleversements politiques.
Pierre Josué Agénor Cadet estime également que les institutions de contrôle, notamment la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif, disposent d’un fondement constitutionnel solide. Il regrette cependant que leur fonctionnement soit affaibli par des pratiques politiques qui compromettent leur indépendance.
Au cœur de son analyse figure la critique du processus de décharge. Il affirme que cette procédure est devenue une monnaie d’échange entre acteurs politiques. D’après lui, des responsables publics obtiennent leur décharge sans véritable examen de leur gestion, tandis que d’autres restent bloqués pendant des années pour des raisons politiques.
L’ancien titulaire du ministère de l’Éducation nationale appelle à retirer au Parlement le pouvoir de délivrer les décharges afin de confier cette responsabilité à une institution réellement indépendante. Il plaide aussi pour une réforme de la Cour supérieure des comptes afin de garantir son autonomie et de limiter l’influence des anciens responsables politiques dans sa composition.
Au cours de son intervention, Pierre Josué Agénor Cadet a également clarifié la distinction entre l’ordonnateur et le comptable public. Il explique que l’ordonnateur décide et autorise les dépenses publiques, tandis que le comptable public assure la gestion des fonds, des recettes et des paiements. Les deux exercent des responsabilités complémentaires dans la gestion des finances de l’État, mais leurs fonctions demeurent juridiquement distinctes.
Selon lui, la véritable lutte contre la corruption passe par une application rigoureuse des règles de reddition de comptes, sans intervention politique. Il estime qu’une administration publique crédible ne peut fonctionner sans transparence, responsabilité et indépendance des institutions de contrôle.
W. A.



