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Violence des gangs en Haïti, Mardochée Gédéon voit dans la quête de reconnaissance sociale un moteur du recrutement

Mardochée Gédéon

Port-au-Prince, le 27 juillet 2026.- Lors d’une intervention sur Magik 9 ce lundi 27 juillet, Mardochée Gédéon, auteur d’une étude sur la violence des gangs en Haïti, a soutenu que l’adhésion des jeunes aux groupes armés ne peut être expliquée uniquement par la pauvreté. Selon lui, la recherche de reconnaissance sociale, l’exclusion, l’absence de l’État et le besoin d’exister aux yeux de la société constituent des facteurs déterminants dans le phénomène.

La violence des gangs en Haïti trouve une partie de son explication dans des facteurs sociaux et symboliques souvent négligés. C’est la principale conclusion défendue par Mardochée Gédéon lors de son intervention au Panel Magik.

L’auteur estime que les membres des gangs proviennent en grande majorité de quartiers marginalisés où ils vivent dans une situation d’exclusion sociale profonde. Selon lui, ces jeunes deviennent pratiquement « invisibles » aux yeux de la société, sans reconnaissance, sans considération et sans véritable place dans l’espace public.

Dans ce contexte, l’intégration à un gang représente, selon le chercheur, un moyen d’accéder à une forme de reconnaissance sociale. Le statut de chef ou de membre influent d’un groupe armé leur confère une autorité que la société ne leur avait jamais accordée. Cette reconnaissance ne se limite pas au respect. Elle constitue une manière de sortir de l’exclusion et d’acquérir une existence sociale.

Mardochée Gédéon souligne également que l’absence prolongée de l’État dans plusieurs quartiers favorise l’installation de cette dynamique. Les groupes armés remplissent progressivement des fonctions normalement dévolues aux pouvoirs publics. Ils imposent leurs règles, contrôlent les déplacements, arbitrent les conflits et exercent une autorité sur les territoires qu’ils dominent.

Le chercheur rejette par ailleurs l’idée selon laquelle la pauvreté expliquerait, à elle seule, l’engagement des jeunes dans les gangs. Il rappelle que la misère existe dans de nombreuses régions sans produire les mêmes niveaux de violence. À ses yeux, les motivations économiques, comme les revenus issus des enlèvements, du pillage ou des extorsions, s’ajoutent à une quête plus profonde de statut social, de pouvoir et de reconnaissance.

Pour Mardochée Gédéon, comprendre cette articulation entre exclusion sociale, absence de l’État, recherche de reconnaissance et intérêts économiques est indispensable pour élaborer des politiques publiques capables de réduire durablement l’influence des groupes armés en Haïti.

W. A.