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Transition 2026 : Le spectre d’un vide institutionnel face au pari de la Cour de Cassation

 

Port-au-Prince, le 5 février 2026.- À deux jours de l’échéance fatidique du 7 février, Haïti s’enfonce dans une incertitude totale. Entre l’échec du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), l’intensification tardive des opérations policières et l’annonce surprise du juge Jean Joseph Lebrun comme potentiel président provisoire, les acteurs politiques et la société civile s’affrontent sur l’avenir d’une nation en quête de stabilité quarante ans après la chute des Duvalier.

Un bilan contesté et un 7 février sous haute tension

Quarante ans après le 7 février 1986, Haïti semble condamnée à bégayer son histoire. L’Accord du 3 avril 2024, qui devait garantir une transition apaisée vers un retour à l’ordre constitutionnel, n’a pas tenu ses promesses. Pour Gesline Jérôme, étudiante en diplomatie, le constat est sans appel : « Le CPT a échoué. Penser rétablir la sécurité avec eux est devenu plus chaotique. » De son côté, l’avocat Lominy Edmond souligne que le pays n’est absolument pas prêt à franchir ce cap sans basculement institutionnel, faute de réformes essentielles et d’un dialogue inclusif.

Pourtant, au cœur de cette tourmente, une voix dissonante prône l’optimisme. Interrogé par InfosNation à l’Hôtel Montana, Moïse Jean-Charles, secrétaire général du parti Pitit Dessalines, assure avec fermeté qu’il n’y aura pas de vide institutionnel. Bien qu’évasif sur les modalités techniques, l’ancien sénateur garantit l’installation d’un exécutif bicéphale avant la date butoir.

Sécurité : Entre réponse conjoncturelle et nécessité structurelle

Face à la pression populaire, la Police Nationale d’Haïti (PNH) a intensifié ses opérations dans la capitale. Si certains, comme Me Lominy Edmond, y voient une étape nécessaire pour envisager des élections, ils rappellent que le mal est plus profond. « La justice doit poursuivre les gangs à cravate », insiste-t-il, soulignant que la répression policière ne peut remplacer une action sociale de base.

Gesline Jérôme qualifie ces opérations tardives de « miracle venu du ciel » par pur opportunisme politique, s’interrogeant sur l’absence d’une telle volonté dès l’installation du CPT il y a deux ans. Pour les observateurs, sans une rupture avec l’économie criminelle, ces gains sécuritaires resteront précaires.

Le « Pari Lebrun » : Un juge pour sauver la transition ?

Le tournant majeur de cette semaine provient des réseaux sociaux et des couloirs politiques. L’ancien sénateur Jean Renel Sénatus a annoncé sur son compte X , le lundi 2 février 2026, que le juge Jean Joseph Lebrun, actuel président de la Cour de Cassation, aurait accepté de prendre les rênes du pays dès le 7 février. Une commission de cinq membres aurait déjà rencontré le magistrat, lequel se serait montré « ouvert et disponible » pour assumer la présidence provisoire.

Cette option, ardemment défendue par une frange de la classe politique et des militants comme Mme Jérôme, vise à placer « la justice à la cime » pour pallier l’absence d’élus. Une correspondance officielle a déjà été adressée au coordonnateur du CPT, Laurent Cyr, et au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Reste à savoir si cette proposition pourra s’imposer juridiquement et politiquement dans un paysage fragmenté où les grands blocs comme Fanmi Lavalas et le PHTK gardent encore le silence.

W. A.

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