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Ricardo Seitenfus : « Quarante ans de transition, c’est quarante ans d’erreurs à corriger »

Le professeur brésilien Ricardo Seitenfus

Port-au-Prince, le 29 janvier 2026.- Invité de Magik 9 ce jeudi 29 janvier, à l’occasion de la parution de son livre Écrits à contre-courant au fil du temps, le professeur brésilien Ricardo Seitenfus dresse un constat sévère de la crise haïtienne. Revenant sur les grandes séquences politiques depuis 2004, il dénonce les échecs répétés de la communauté internationale, l’exclusion du peuple du jeu démocratique et l’incapacité des élites haïtiennes à rompre avec un modèle de gestion de crise fondé sur la force plutôt que sur la légitimité populaire.

Un livre adressé à tous, mais surtout aux politiciens haïtiens

Ricardo Seitenfus affirme que son ouvrage s’adresse à l’ensemble de la société, mais en priorité aux responsables politiques haïtiens. À travers une série de textes publiés sur près de vingt ans, il revisite notamment la crise de 2004, qu’il qualifie de désastre politique et diplomatique. Selon lui, l’opposition d’alors a commis une grave erreur en croyant accéder au pouvoir après le départ du président Jean-Bertrand Aristide, alors que celui-ci a finalement été exercé par l’international.

Crises électorales et exclusion du peuple

L’ancien représentant de l’OEA rappelle que les crises politiques haïtiennes trouvent leur origine dans des processus électoraux défaillants, fortement influencés par des acteurs extérieurs et des partis politiques éclatés. Il dénonce l’exclusion systématique du peuple et de l’électeur, pourtant principaux concernés par les décisions prises en leur nom. « Tant que le peuple reste écarté, on reproduira les mêmes crises », avertit-il, parlant d’un cycle politique destructeur entretenu depuis près de quarante ans.

Quarante ans de transition : le temps du bilan

À l’approche du 7 février 2026, date symbolique marquant quarante ans de transition politique en Haïti, Ricardo Seitenfus appelle à un examen critique collectif. Il estime que le pays n’a jamais véritablement rompu avec un modèle de résolution des crises fondé sur la contrainte, y compris lorsque la communauté internationale prétend promouvoir le dialogue et la reconstruction institutionnelle.

L’échec reconnu de l’aide internationale

L’universitaire rappelle avoir dénoncé dès 2010 l’inefficacité de l’aide internationale en Haïti, des critiques longtemps ignorées avant d’être largement admises une décennie plus tard. Selon lui, la prolifération des ONG, le gaspillage des ressources et l’absence de reconstruction durable ont contribué à aggraver la situation, aujourd’hui jugée plus catastrophique qu’en 2004.

Réformer le système politique pour sortir de l’impasse

Parmi les pistes avancées dans son livre figurent la réforme profonde des partis politiques, jugés trop nombreux et peu structurés, l’instauration de garanties démocratiques et la redéfinition du pacte politique national. Ricardo Seitenfus insiste sur le fait qu’il ne se considère pas comme un acteur du problème, mais comme un ami d’Haïti, soucieux de vérité historique et de solutions durables.

W. A.

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