©️photo : Primature
Pétion-Ville, le 23 juillet 2026.- La Banque de la République d’Haïti (BRH) a ouvert, ce jeudi 23 juillet au Karibe Convention Center, la 2e édition des Journées scientifiques de son Fonds pour la Recherche et le Développement (FRD-BRH). Réunissant les plus hautes autorités de l’État, dont le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, des universitaires et des décideurs, cet événement de deux jours, placé sous le thème de « la recherche au service du développement : optimiser la production et l’utilisation des connaissances scientifiques». Ce thème pose un diagnostic clair : face à la crise multidimensionnelle et à l’insécurité, le salut et la souveraineté d’Haïti passeront par des politiques publiques dictées par les données probantes et la recherche endogène.
La sécurité d’abord, la science pour guider le reste
C’est un gouvernement mobilisé sur deux fronts indissociables qui s’est présenté à la tribune. Pour le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, l’action immédiate se concentre sans relâche sur la stabilisation du territoire et la restauration de l’ordre public, socles indispensables aux futures élections démocratiques. Mais le chef du gouvernement voit plus loin : « La science nous donne les moyens d’agir et de bâtir des solutions durables et haïtiennes. »
Une vision partagée par le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Gabriel Colin. Tout en annonçant des plans de relance ciblés sur les départements les plus touchés par les groupes armés (l’Ouest, l’Artibonite et le Centre), le ministre a insisté sur la nécessité de rompre avec le cycle de croissance négative grâce à des décisions empiriques. Réformes fiscales (nouveau Code général des impôts), attractivité des investissements et lutte contre le blanchiment d’argent : chaque chantier majeur du MEF s’appuie désormais sur la rigueur scientifique.
Le capital intellectuel : arme absolue de souveraineté
Le Gouverneur de la BRH, Ronald Gabriel, a rappelé avec force que la stabilité monétaire n’est pas une fin en soi, mais le terreau sur lequel doivent germer l’innovation et la productivité. En investissant massivement dans le capital intellectuel à travers le FRD-BRH, la Banque centrale fait un pari stratégique. « Un pays qui ne produit pas suffisamment de connaissances sur ses défis est souvent contraint d’importer la solution conçue par un autre », a martelé le Gouverneur, prévenant qu’à défaut d’être assis à la table des échanges, on finit « au menu ». De l’agriculture intelligente aux technologies financières, les recherches financées doivent impérativement sortir des laboratoires pour féconder le tissu économique national.
Finir avec le « savoir importé » et la dispersion
Ce plaidoyer pour une recherche endogène a trouvé un écho puissant chez le Dr Dieuseul Prédélus, recteur de l’Université d’État d’Haïti (UEH). Évoquant les stigmates de l’histoire coloniale où le savoir venait de la métropole tandis que la colonie ne fournissait que la richesse matérielle, il a appelé à une souveraineté intellectuelle. Le recteur n’a pas caché les défis structurels : manque cruel de financement, laboratoires sous-équipés, connectivité fragile et absence d’une politique nationale unifiée. Pour lui, la science n’est pas un luxe de pays riche, mais une urgence absolue pour l’autonomie d’Haïti.
Construire des passerelles entre laboratoires et société
Pour le ministre de l’Éducation nationale, Vijonet Demero, « décider sans la science, c’est naviguer à vue ». Il a exhorté la BRH à renforcer son appui aux écoles doctorales nationales et à sceller des alliances fortes avec l’ANERS (Agence Nationale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique).
Le Dr Evens Emmanuel, représentant de cette agence, a d’ailleurs mis le doigt sur le défi le plus redoutable : l’utilisation concrète des résultats. S’inspirant de modèles internationaux comme les Science Granting Councils mis en place au Rwanda ou en Corée du Sud, il a insisté sur l’importance cruciale de la vulgarisation et de la médiation scientifiques. Sans ces passerelles institutionnelles, l’investissement consenti restera lettre morte. Les interventions croisées de l’architecte Christian Belinga Nko’o et de l’économiste Frédéric Gérald Chéry ont complété cette première journée dense, prouvant que face aux crises, l’intelligence collective reste la ressource la plus résiliente d’Haïti.


W. A.



























