Port-au-Prince, le 24 juillet 2025.- Dans une déclaration publique, la Conférence Épiscopale d’Haïti (CEH) affirme constater un chaos généralisé dans le pays et en profite pour rappeler les exigences morales, éthiques et sociales qui fondent toute société. Elle s’interroge sur les intentions cachées derrière ce qu’elle qualifie de projet de déshumanisation du peuple haïtien et déplore l’inaction des autorités face à la nécessité de protéger la vie, la liberté, la culture et la mémoire nationale.
Le mercredi 23 juillet 2025, dans sa prise de position sur la crise sécuritaire et l’Avant-projet de Constitution, la CEH décrit l’effondrement de la société haïtienne, marqué par un État défaillant, un territoire livré aux gangs armés et une population déplacée, appauvrie et profondément meurtrie.
La Conférence Épiscopale déplore également l’effondrement moral et social du pays, illustré par la profanation de lieux sacrés et la destruction du patrimoine historique et culturel par des gangs armés. Ces actes portent atteinte à la mémoire collective, à la foi et à l’identité nationale, affectant profondément la conscience et l’espérance du peuple.
Par ailleurs, la CEH observe qu’en pleine crise sécuritaire et dans un contexte de divisions, les autorités de transition ont lancé un processus en vue d’adopter une nouvelle Constitution. Le dépôt de l’Avant-projet de Constitution de 2025 représente, selon elle, un tournant important, suscitant à la fois espoirs, interrogations et inquiétudes au sein de la Nation.
L’Avant-projet propose plusieurs réformes : modernisation de l’État, inclusion des Haïtiens vivant à l’étranger, participation accrue des femmes et des jeunes, renforcement des droits sociaux (éducation, santé, logement), ainsi que des mécanismes de transparence et de lutte contre la corruption. La CEH salue ces propositions comme une base possible pour un projet national plus inclusif et équitable.
Cependant, malgré ses avancées, la Conférence Épiscopale d’Haïti (CEH) constate que l’Avant-projet de Constitution présente de sérieuses faiblesses : un processus peu inclusif, un renforcement excessif du pouvoir présidentiel, des ambiguïtés sur le modèle territorial, des droits sociaux sans garanties concrètes, ainsi qu’un modèle de gouvernance trop complexe pour les réalités administratives et budgétaires du pays.
Face à ces constats, la CEH souligne que la Constitution doit être un véritable pacte social, fondé sur un large consensus national et enraciné dans la réalité historique, culturelle et sociale du peuple haïtien. Elle estime que le moment n’est pas opportun pour l’adoption d’une nouvelle Constitution. La priorité actuelle doit être la sécurité, la paix et une gouvernance responsable.
Le renouveau du pays, selon la CEH, ne viendra pas uniquement d’un texte, aussi bien rédigé soit-il, mais d’une conscience civique renouvelée, d’un engagement moral partagé et d’une culture du dialogue. Elle appelle à l’élaboration d’une charte collective de l’avenir, rejetant toute rupture unilatérale, et encourage chacun à résister à la résignation, à la violence et à l’anarchie.
W. E.
