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Journée internationale de la langue maternelle : le créole au cœur des enjeux éducatifs en Haïti

Port-au-Prince, le 21 février 2026.- Chaque année, le 21 février marque la Journée internationale de la langue maternelle, une initiative de l’UNESCO, proposée par le Bangladesh et adoptée en 1999, visant à promouvoir la diversité linguistique et l’éducation multilingue. Au-delà de sa portée symbolique, cette journée rappelle que la langue maternelle constitue un levier déterminant pour l’apprentissage, l’inclusion sociale et l’égalité des chances. En Haïti, l’enjeu se cristallise autour de la place du créole, langue maternelle de la grande majorité de la population, face à la prédominance du français dans le système éducatif.

Plusieurs études confirment l’impact positif de l’enseignement dans la langue comprise par l’enfant. Selon le Rapport mondial de suivi sur l’éducation (Global Education Monitoring Report) publié par l’UNESCO, près de 40 % des élèves dans le monde ne reçoivent pas un enseignement dans une langue qu’ils comprennent pleinement. L’UNICEF indique que les enfants scolarisés d’abord dans leur langue maternelle développent de meilleures compétences en lecture, présentent un taux d’abandon scolaire plus faible et acquièrent plus aisément une seconde langue par la suite. De son côté, la Banque mondiale souligne que les programmes d’éducation multilingue bien structurés améliorent les performances scolaires, notamment dans les premières années du cycle fondamental.

En Haïti, la problématique est structurelle. Le créole haïtien est la langue maternelle de la quasi-totalité de la population, tandis que le français demeure dominant dans l’administration publique et dans de nombreux établissements scolaires. Bien que les deux langues aient un statut officiel, l’usage du français comme langue principale d’enseignement dès les premières années crée un décalage entre la langue de l’école et celle du quotidien des élèves.

Des spécialistes en sciences de l’éducation estiment que cette situation peut freiner la compréhension des notions fondamentales, notamment en mathématiques et en sciences, en ajoutant une barrière linguistique aux difficultés académiques. Des expériences locales intégrant le créole comme langue d’enseignement au niveau fondamental ont montré une meilleure participation des élèves et une amélioration des compétences en lecture.

Les résultats de recherche convergent : l’éducation fondée sur la langue maternelle favorise la réussite scolaire et réduit les inégalités. Pour Haïti, l’enjeu dépasse l’opposition entre créole et français. Il s’agit de définir une politique linguistique cohérente, capable de consolider le créole comme socle de l’apprentissage tout en assurant un enseignement progressif et efficace du français comme seconde langue, dans une perspective d’ouverture et d’équité.

R. J.