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Intelligence artificielle : l’Ambassade américaine et l’ESIH forment 60 journalistes haïtiens

L’ingénieur Patrick Attie (à gauche) et le journaliste, Dr Joël Lorquet (à droite)•©️photo : R. J.

Port-au-Prince, le 5 mars 2026.- Une soixantaine de journalistes ont participé, du lundi 2 au mercredi 4 mars 2026, à Pétion-Ville, à un séminaire de formation consacré à l’intelligence artificielle (IA) et à son intégration dans la pratique journalistique. Cette activité a été organisée à l’initiative du Bureau des Affaires publiques de l’Ambassade des États-Unis en Haïti et mise en œuvre avec l’appui de l’École Supérieure d’Infotronique d’Haïti (ESIH), chargée d’encadrer les participants. Elle s’est déroulée autour du thème : « Le journaliste augmenté : intégrer les intelligences artificielles génératives sans compromettre l’indépendance éditoriale ». Pendant trois jours, les professionnels des médias ont échangé avec des experts sur les opportunités et les limites de ces outils, dans un contexte où les transformations technologiques redéfinissent profondément la production de l’information.

Le journaliste Joël Lorquet a ouvert les travaux en rappelant que le journalisme évolue désormais dans un environnement numérique marqué par l’instantanéité de la diffusion de l’information. Selon lui, la technologie permet à presque tout individu de publier des contenus, mais « publier ne signifie pas informer ». L’IA, a-t-il expliqué, peut constituer un atout pour les journalistes, tout en comportant certaines limites : « l’intelligence artificielle peut nous faire gagner du temps, mais elle ne remplacera jamais la responsabilité et l’émotion humaine dans le traitement de l’information ».

De son côté, Amparo Garcia, attachée de presse à l’Ambassade des États-Unis à Port-au-Prince, a souligné l’importance de renforcer les compétences des journalistes dans un monde où les technologies évoluent rapidement. Elle a rappelé que l’IA est déjà intégrée dans plusieurs secteurs, y compris les médias. Selon elle, les initiatives de formation soutenues par l’ambassade visent à promouvoir la transparence, la responsabilité publique, la démocratie et la liberté de la presse.

Le directeur général de l’ESIH, Patrick Attié, spécialiste des technologies de l’information, a expliqué que l’intelligence artificielle générative peut accomplir jusqu’à 80 à 90 % du travail préparatoire dans certaines tâches rédactionnelles. Toutefois, les étapes les plus déterminantes restent humaines : la vérification des faits, l’analyse du contexte et l’exercice de l’esprit critique. Il a également mis en garde contre les biais algorithmiques, rappelant que les systèmes d’IA sont entraînés à partir de données susceptibles de contenir des biais culturels ou idéologiques.

Interrogé par InfosNation, Joël Lorquet a précisé que l’idée de ce séminaire est née d’un programme de formations en ligne régulièrement organisé pour les journalistes.

L’intérêt suscité par les discussions autour de l’intelligence artificielle a conduit plusieurs participants à proposer l’organisation d’une session en présentiel. Une soixantaine de journalistes ont ainsi été retenus parmi les premiers inscrits. Il a également indiqué que de nombreux professionnels des régions souhaitaient participer, mais que les difficultés de déplacement vers Port-au-Prince ont limité leur présence. Les organisateurs envisagent donc de reproduire cette formation dans d’autres villes, notamment au Cap-Haïtien.

La journaliste senior, Marie Lucie Bonhomme, également participante au séminaire, a salué une initiative qu’elle juge essentielle pour la profession. Elle explique que sa connaissance de l’intelligence artificielle était auparavant très limitée, mais que ces trois jours de formation lui ont permis de mieux comprendre les possibilités offertes par ces outils dans le travail journalistique. Elle a également abordé la question de la place des femmes dans la révolution numérique. Selon Marie Lucie Bonhomme, celles-ci ne doivent pas rester en marge des nouvelles technologies, mais se les approprier au même titre que les hommes. Elle a été claire sur ce point : « Personne ne donnera leur place aux femmes, ce sont elles qui doivent la prendre en se formant et en produisant un travail de qualité. » Pour la journaliste, c’est avant tout par la compétence et l’engagement que les femmes pourront s’imposer et obtenir la reconnaissance qu’elles méritent dans le milieu professionnel.

Au terme de ce séminaire, un constat s’impose pour les participants : l’intelligence artificielle constitue désormais un outil incontournable dans l’évolution du journalisme. Toutefois, les intervenants ont insisté sur le fait que la crédibilité de l’information repose toujours sur le professionnalisme, l’éthique et la capacité critique des journalistes. Dans un contexte marqué par la désinformation et les transformations rapides du secteur médiatique, la formation continue apparaît ainsi comme un levier essentiel pour renforcer une presse haïtienne plus moderne et plus responsable.

R. J.

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