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Haïti, zone rouge : climat, violence, écocide

 

New-York, le 8 novembre 2025.- Le Conseil de sécurité des Nations Unies a mis en lumière l’exemple critique d’Haïti pour illustrer le nouveau cercle vicieux qui lie le climat, l’environnement et l’insécurité mondiale. Dans un pays déjà en proie à la violence des gangs et à une déforestation massive (98% du couvert forestier disparu), le dérèglement climatique agit comme un amplificateur de crise. L’érosion des sols, la pollution des eaux et le passage récent de l’ouragan Melissa provoquent des catastrophes humanitaires, forçant les populations vulnérables à fuir et à traverser des zones contrôlées par des groupes armés pour trouver refuge dans des camps improvisés. Cette superposition des chocs climatiques et de l’insécurité fait resurgir le spectre du choléra, transformant la crise environnementale en une crise humaine et sécuritaire.

​Ce phénomène de crises croisées révèle une dynamique dévastatrice : l’insécurité (violences, déplacements) conduit à une plus grande exposition aux risques climatiques (inondations, glissements de terrain), et les chocs climatiques (sécheresse, tempêtes) exacerbent à leur tour la compétition pour les ressources et les tensions sociales. La représentante de la société civile, Maranata Dinat, a souligné que l’environnement n’est plus une simple victime collatérale, mais un vecteur central de l’insécurité. Haïti incarne ainsi un pays où la paix ne peut s’établir sur des terres dévastées.

​Face à l’ampleur des dégâts environnementaux liés aux conflits, le juriste international Charles C. Jalloh a dénoncé l’insuffisance du droit international actuel. Les Conventions de Genève, conçues principalement pour les guerres inter-étatiques, n’offrent qu’un seuil de preuve « trop élevé et trop imprécis » pour sanctionner les dévastations. M. Jalloh a ainsi appelé à des réformes majeures pour combler ce vide juridique, notamment par l’inscription des atteintes massives à la nature dans le droit pénal international et la reconnaissance explicite du crime d’écocide, au même titre que les crimes de guerre ou les crimes contre l’humanité.

​La conclusion des experts du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), dont sa Directrice exécutive Inger Andersen, est sans appel : pour sortir de ce cercle vicieux, les États et les organisations doivent cesser de traiter séparément les crises humanitaires, climatiques et sécuritaires. La réponse doit être globale, s’ancrant dans la restauration des écosystèmes, la gestion durable des ressources naturelles et le renforcement de la gouvernance locale. L’idée force est que la protection de la planète est intrinsèquement liée à la prévention de la guerre ; « chaque fraction de degré évitée » du réchauffement climatique est une chance supplémentaire pour la paix et la prospérité.

W. A.

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