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Francophonie 2026 : universités, IA et géopolitique du savoir au cœur d’un débat stratégique mondial

 

France, le 20 mars 2026.- Du 17 au 19 mars 2026, l’Université Clermont Auvergne a accueilli à Clermont-Ferrand les « Carrefours de la Francophonie », un rendez-vous international majeur consacré aux transformations des langues, des savoirs et de la gouvernance universitaire à l’ère de l’intelligence artificielle. Chercheurs, responsables institutionnels et experts venus d’Afrique, d’Europe, d’Amérique latine et d’Haïti ont débattu des enjeux de souveraineté numérique, de coopération scientifique et de reconfiguration des rapports de pouvoir à l’échelle globale.

Dans le cadre de la Semaine de la Francophonie, cette édition 2026 des « Carrefours de la Francophonie » s’est imposée comme une plateforme de réflexion stratégique sur les mutations profondes qui traversent aujourd’hui l’enseignement supérieur et la production des savoirs. Organisé autour du thème « Langues et pouvoirs à l’ère numérique », l’événement a mis en évidence le rôle croissant de l’intelligence artificielle dans la redéfinition des équilibres académiques, linguistiques et géopolitiques.

Trois jours d’échanges entre formation, recherche et débat public

Les activités ont débuté le mardi 17 mars au site Carnot avec une formation réservée aux étudiants de l’Université Clermont Auvergne. Deux sessions intensives ont été animées par Patrick Attié et Tayana Picard, tous deux issus de l’École Supérieure d’Infotronique d’Haïti. Les participants ont exploré les outils d’intelligence artificielle, leurs usages concrets ainsi que les méthodologies adaptées à la recherche et à l’innovation pédagogique. L’accent a été mis sur l’intégration de ces technologies dans des contextes éducatifs à ressources limitées, notamment en Haïti.

Le mercredi 18 mars, un atelier pratique ouvert au public s’est tenu à la Maison des Sciences de l’Homme de Clermont-Ferrand. Axé sur « Intelligence artificielle et plurilinguisme : limites et défis », cet espace d’échange a permis d’aborder les biais linguistiques des systèmes d’IA et les risques de marginalisation des langues moins représentées. Aux côtés de Patrick Attié, les discussions ont été enrichies par les contributions de Michaël Grégoire (Laboratoire de Recherche sur le Langage) et Aurelia Vasile, soulignant la nécessité d’une approche inclusive dans le développement technologique.

Le 19 mars : des débats au cœur des enjeux globaux

Le point culminant de l’événement s’est déroulé le jeudi 19 mars au KAP Learning Centre avec deux grandes conférences internationales retransmises en ligne.

La première, intitulée « Universités à l’ère numérique : gouvernance, savoirs et coopération », a réuni des figures institutionnelles de premier plan. Vijonet Demero, en tant que ministre de l’Éducation nationale d’Haïti, a insisté sur les défis structurels auxquels font face les universités haïtiennes, notamment en matière d’accès aux technologies et de formation des ressources humaines. Il a plaidé pour une coopération renforcée au sein de l’espace francophone afin de réduire les inégalités numériques.

À ses côtés, Alioune Badara Kandji, recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et président du Conseil d’administration de l’Agence universitaire de la Francophonie, a mis en avant le rôle structurant des réseaux universitaires francophones dans la circulation des savoirs et le renforcement des capacités académiques au Sud. Il a souligné l’importance d’une gouvernance universitaire adaptée aux mutations numériques.

Le troisième intervenant, Éric Adja, président de l’Agence francophone de l’intelligence artificielle, a abordé les enjeux de régulation et d’éthique de l’IA dans l’espace francophone. Il a notamment évoqué la nécessité de développer des infrastructures technologiques souveraines et des cadres normatifs propres aux réalités des pays francophones.

La conférence a été animée par Marc-Alexis Roquejoffre, spécialiste de l’information et de la communication, qui a orienté les échanges vers les perspectives concrètes de coopération universitaire.

Intelligence artificielle et recomposition du pouvoir mondial

La seconde conférence, tenue en anglais, s’est concentrée sur « Algorithms, Artificial Intelligence and the Reconfiguration of Global Power ». Elle a réuni des experts internationaux issus de différents continents.

Virgílio Almeida, professeur à l’Universidade Federal de Minas Gerais, est reconnu pour ses travaux sur la gouvernance de l’internet et les politiques publiques du numérique. Il a analysé l’influence croissante des grandes plateformes technologiques dans la structuration du pouvoir mondial.

À ses côtés, Lars Leer, de la Western Norway University of Applied Sciences, a apporté une perspective européenne sur les politiques d’innovation et la régulation des technologies émergentes.

Enfin, Patrick Attié a représenté Haïti en mettant en avant les défis spécifiques des pays en développement face à l’IA, notamment en termes d’infrastructures, de formation et d’accès aux données.

La modération a été assurée par Thaís Pinheiro Correa et Guilherme Adorno, membres du CELIS, qui ont facilité un dialogue interdisciplinaire entre les intervenants.

Une réflexion stratégique pour l’avenir de la Francophonie

À travers ces trois journées, les « Carrefours de la Francophonie 2026 » ont mis en évidence une réalité incontournable : l’intelligence artificielle redéfinit non seulement les pratiques académiques, mais aussi les rapports de pouvoir entre États, institutions et langues.

L’événement a également souligné l’urgence pour les pays francophones, notamment ceux du Sud comme Haïti, de s’approprier ces technologies afin d’éviter une marginalisation accrue dans l’économie mondiale du savoir. La question de la souveraineté numérique, de la diversité linguistique et de la coopération scientifique apparaît désormais comme centrale dans les politiques publiques.

En réunissant des acteurs clés du monde académique et institutionnel, l’Université Clermont Auvergne confirme son rôle de carrefour intellectuel au sein de l’espace francophone, à un moment charnière où le numérique redessine les contours du savoir et du pouvoir.

W. A.

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