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Financement public controversé : l’Université Quisqueya plaide la conformité à la loi

 

Port-au-Prince, le 8 mars 2026.- Au cœur d’une controverse sur le décaissement de 150 millions de gourdes de fonds publics en 2025, l’Université Quisqueya affirme que ce financement a été obtenu légalement et en toute transparence. Dans une note publique publiée le 8 mars 2026, l’institution explique que cet appui de l’État haïtien s’inscrit dans un cadre légal et vise à faire face à de graves difficultés financières liées à la crise nationale.

L’Université Quisqueya (UniQ) est sortie de son silence pour clarifier les conditions dans lesquelles elle a bénéficié d’un financement public en 2025, après la publication d’un rapport de la Fondation Je Klere (FJKL) évoquant des décaissements totalisant 150 millions de gourdes en faveur de l’institution.

Dans son rapport rendu public le 4 mars 2026, la FJKL indique que ces fonds auraient été versés à travers trois paiements distincts, sous l’administration de l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Alfred Fils Métellus. L’organisation de veille citoyenne estime que ces transferts soulèvent des interrogations quant à leur justification, leur base légale et les procédures ayant conduit à leur décaissement.

L’Université Quisqueya évoque un cadre légal

Dans une note publique datée du 8 mars 2026, l’Université Quisqueya affirme que ce financement s’inscrit dans un cadre légal et transparent prévu par le décret du 11 mars 2020 portant sur le fonctionnement et la modernisation de l’enseignement supérieur en Haïti, notamment ses articles 194 et 195 relatifs aux mesures incitatives en faveur de l’enseignement supérieur privé et de la recherche.

L’institution précise que cet appui financier a été sollicité dès décembre 2022, dans le cadre d’une démarche officielle de recherche de financement auprès de différents partenaires.

L’université rejette par ailleurs les interprétations présentant ce financement comme un appui personnel à son recteur. Elle rappelle qu’elle est une institution d’enseignement supérieur à but non lucratif reconnue d’utilité publique, dont la mission principale consiste à former des cadres, développer la recherche scientifique et servir la communauté.

Une université fragilisée par la crise

Dans sa note, l’Université Quisqueya explique que sa situation financière s’est considérablement détériorée sous l’effet de la crise économique et sécuritaire qui frappe le pays.

L’institution indique que son effectif étudiant est passé de plus de 3 500 étudiants pour l’année académique 2018-2019 à un peu plus de 850 l’an dernier. Dans le même temps, les revenus tirés des frais de scolarité ont chuté de 4,3 millions de dollars américains à moins de 600 000 dollars, entraînant un déficit important.

La situation sécuritaire dans les quartiers de Turgeau et Pacot, où se situe l’université, aurait également contribué à cette baisse drastique des inscriptions.

Selon l’établissement, le financement public a été accordé à la suite d’un protocole d’accord signé le 20 mai 2025 avec le ministère de l’Économie et des Finances, après la requête introduite en 2022. L’université affirme avoir transmis aux autorités plusieurs rapports narratifs et financiers sur l’utilisation des fonds, notamment les 24 juillet et 31 octobre 2025, ainsi qu’un rapport final le 15 décembre 2025.

Le débat sur le financement de l’enseignement supérieur

La question du financement public des universités intervient dans un contexte plus large de fragilisation du secteur de l’enseignement supérieur en Haïti.

Selon le professeur Guichard Doré, l’État haïtien a consacré 3,5 milliards de gourdes au fonctionnement de l’Université d’État d’Haïti (UEH) en 2025 afin de soutenir la principale institution publique d’enseignement supérieur du pays.

Dans le même temps, plusieurs universités privées connaissent d’importantes difficultés financières pour couvrir leurs dépenses de fonctionnement, dans un contexte marqué par la crise économique et l’instabilité.

Pour les autorités, l’accompagnement de l’UEH demeure essentiel afin de préserver une université publique de qualité, considérée comme un pilier de la formation supérieure et du développement national.

Vers un débat national sur l’enseignement supérieur

Dans sa note, l’Université Quisqueya estime que le soutien de l’État aux institutions privées d’enseignement supérieur constitue une pratique courante dans plusieurs démocraties. Elle appelle également à l’ouverture d’un débat national sur la gouvernance et le financement de l’enseignement supérieur, afin d’élaborer une stratégie de développement et de rationalisation du secteur en Haïti.

Malgré les difficultés, l’institution affirme vouloir poursuivre sa mission de formation et de recherche, tout en renforçant ses partenariats au service de l’enseignement supérieur et du développement du pays.

W. A.

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