Home Company Jeunesse haïtienne : le PNUD appelle à transformer un « potentiel silencieux...

Haitian youth: UNDP calls for a change in « silent potential » in development engines

Xavier Michon•©️photo : PNUD

Port-au-Prince, le 19 mai 2026.- Invité ce mardi 19 mai à l’émission Panel Magik sur Radio Télévision Magik 9, le directeur pays du Programme des Nations unies pour le développement en Haïti, Xavier Michon, a présenté les grandes lignes d’un rapport consacré à la jeunesse haïtienne. Selon lui, malgré l’insécurité, l’effondrement du système éducatif et l’absence de politiques publiques efficaces, les jeunes Haïtiens continuent d’innover, d’entreprendre et de créer des opportunités. Le responsable onusien plaide pour un changement de regard sur cette génération qu’il considère comme « l’un des plus grands potentiels du pays ».

Dans son intervention, Xavier Michon a insisté sur la résilience et la capacité d’adaptation de la jeunesse haïtienne face à des conditions extrêmement difficiles. Il a révélé que 35 % des entreprises haïtiennes appartiennent aujourd’hui à des entrepreneurs de moins de 35 ans, soulignant également que le pays affiche un taux de pénétration mobile de 83 %, ouvrant la voie au développement des services numériques et des solutions FinTech.

Le représentant du PNUD a mis en avant plusieurs exemples de réussite entrepreneuriale portés par des jeunes Haïtiens, notamment dans les domaines de la technologie, des services numériques et de la restauration. Il a cité des plateformes locales capables de réaliser des dizaines de milliers de transactions mensuelles, ainsi que des entreprises haïtiennes ayant réussi à s’implanter à l’étranger, notamment aux États-Unis.

Selon Xavier Michon, il est nécessaire de déconstruire trois idées reçues sur la jeunesse haïtienne. D’abord, il estime que les jeunes ne doivent plus être perçus comme « un problème à contrôler », mais comme une ressource stratégique pour le développement national. Ensuite, il rejette l’idée selon laquelle l’entrepreneuriat jeune serait limité à une logique de survie, affirmant qu’il existe aujourd’hui de véritables modèles économiques innovants et performants. Enfin, il soutient que la transformation d’Haïti ne viendra pas uniquement de l’extérieur, mais surtout des initiatives économiques et sociales portées par les jeunes eux-mêmes.

Le directeur pays du PNUD a également insisté sur le poids démographique de cette génération. Le rapport évoque près de 5 millions de jeunes âgés de 15 à 39 ans, une « fenêtre démographique » que le pays doit exploiter rapidement pour stimuler sa croissance économique. Il a rappelé que plusieurs pays comme le Rwanda ou la Corée du Sud ont su tirer profit de leur jeunesse pour accélérer leur développement.

Abordant la question de l’emploi et de la formation, Xavier Michon a expliqué que la transformation rapide du marché mondial du travail représente une opportunité pour les jeunes Haïtiens. Il a notamment mis en avant trois secteurs stratégiques : les certifications numériques en ligne, les services exportables à distance et l’économie des travailleurs indépendants via des plateformes numériques comme Fiverr ou Upwork. Selon lui, la maîtrise du français, du créole et souvent de l’anglais constitue un avantage concurrentiel important pour Haïti dans les industries de services et de centres d’appels.

Le responsable onusien a également attiré l’attention sur les inégalités touchant les jeunes femmes. Il a indiqué que moins de 30 % des femmes âgées de 20 à 24 ans occupent actuellement un emploi, contre environ 50 % des hommes de la même tranche d’âge. Pour corriger cette situation, le PNUD recommande la mise en place de fonds de garantie pour les jeunes femmes entrepreneures, de programmes de formation technique et scientifique ainsi que de réseaux dédiés au mentorat et à l’accompagnement des femmes dans les affaires.

Interrogé sur les défis structurels liés à l’éducation et à l’insécurité, Xavier Michon a reconnu que la situation actuelle constitue un frein majeur au développement de la jeunesse. Il a qualifié de « préalable indispensable » le retour à la sécurité dans les zones touchées par la violence armée, estimant qu’aucune stratégie de développement durable ne pourra être mise en œuvre sans stabilisation du pays.

Le directeur pays du PNUD a enfin lancé un appel au secteur privé haïtien afin qu’il s’implique davantage dans la formation et l’intégration professionnelle des jeunes. Il préconise notamment des partenariats entre entreprises et centres de formation, l’adaptation des programmes éducatifs aux besoins du marché ainsi que le développement de stages et d’apprentissages professionnels pour favoriser l’employabilité des nouvelles générations.

W.A.