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Contrat Evergreen : Renald Lubérice met en garde contre un accord « à haut risque »

Le politologue Renald Lubérice

Port-au-Prince, le 4 mars 2026.- Intervenant ce mercredi 4 mars sur les ondes de Magik9, le politologue Renald Lubérice a commenté son article publié dans Le Nouvelliste sur le contrat signé entre l’État haïtien et la société Evergreen Trading System Limited. S’il reconnaît la nécessité de moderniser le contrôle des frontières dans un contexte de crise sécuritaire, il alerte toutefois sur les risques financiers du contrat et sur l’absence d’un cadre solide pour la protection des données personnelles.

Lors de cet entretien, Renald Lubérice explique que l’accord vise à renforcer les capacités de l’État dans la lutte contre la contrebande et l’insécurité aux frontières. Le projet prévoit notamment l’utilisation de drones de surveillance, de systèmes biométriques, l’interconnexion de bases de données publiques ainsi qu’une assistance technique aux institutions haïtiennes.

Selon lui, ces outils technologiques pourraient contribuer à améliorer la surveillance des frontières et augmenter les recettes douanières, dans un pays où les capacités de contrôle restent limitées.

Mais le politologue attire l’attention sur la structure financière du contrat. L’accord prévoit un paiement initial d’environ 13,6 millions de dollars, accompagné d’une garantie bancaire de 15 millions.

La rémunération principale du prestataire repose toutefois sur un mécanisme de partage des recettes douanières supplémentaires : 20 % pendant les trois premières années et 15 % pour les sept années suivantes.

Pour Lubérice, l’absence de plafond clair dans ce mécanisme pourrait entraîner des coûts très élevés pour l’État si les recettes augmentent fortement.

Des inquiétudes sur les données personnelles

L’autre point sensible concerne la gestion des données personnelles. Le projet inclut l’utilisation de technologies comme la biométrie et la reconnaissance faciale, sans préciser clairement les règles encadrant la collecte, la conservation ou l’accès aux données.

Dans un pays où le cadre juridique en matière de protection des données reste limité, cette situation pourrait, selon lui, exposer les citoyens à des risques d’abus ou de fuite d’informations.

Un enjeu de souveraineté

Pour Renald Lubérice, ce contrat pose également la question de la souveraineté technologique de l’État haïtien. Confier des systèmes stratégiques de surveillance et d’analyse de données à une entreprise étrangère sans garanties solides pourrait créer une dépendance durable.

Face à ces enjeux, il estime qu’une révision et un encadrement plus strict du contrat seraient nécessaires afin de concilier modernisation sécuritaire, transparence financière et protection des libertés publiques.

W. A.