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Cap-Haïtien au bord de l’asphyxie urbaine : Michèle Oriol dénonce un chaos planifié

Michèle Oriol

Port-au-Prince, le 4 mai 2026.- La sociologue Michèle Oriol a dressé un constat alarmant de la situation urbaine au Cap-Haïtien. Entre absence d’infrastructures de drainage, interventions inefficaces des bailleurs internationaux et urbanisation anarchique. Lors d’un entretien accordé à la Radio Magik 9 ce lundi 4 mai, elle alerte sur une aggravation des risques d’inondation et un dysfonctionnement croissant de la ville, appelant à une refonte urgente de la gouvernance urbaine.

La situation urbaine du Cap-Haïtien atteint un niveau critique. Sur les ondes de Radio Magik 9, la sociologue Michèle Oriol a mis en évidence de graves carences structurelles qui fragilisent la deuxième ville du pays.

Premier constat : l’absence quasi totale d’infrastructures de gestion des eaux. Ni réseau d’égouts, ni système de drainage efficace, tant dans les quartiers anciens que dans les zones nouvellement urbanisées. Résultat : les ravines débordent, les eaux stagnent et les inondations deviennent de plus en plus fréquentes et destructrices.

À cela s’ajoute une inadéquation flagrante entre les diagnostics et les interventions menées, notamment avec l’appui de Banque mondiale. Bien que plusieurs études de risques aient été réalisées, leur mise en œuvre reste incohérente. Des projets fragmentés, comme le traitement partiel de ravines, aggravent parfois la situation en modifiant les écoulements naturels et en intensifiant les dégâts en aval.

Mme Oriol dénonce également un déficit criant d’expertise technique au niveau des autorités locales et nationales. L’absence de cadre stratégique clair laisse place à des décisions dispersées, souvent dictées par les bailleurs, sans réelle coordination ni vision d’ensemble.

Par ailleurs, la croissance démographique et l’expansion urbaine incontrôlée accentuent les déséquilibres. L’attractivité du Cap, renforcée par des enjeux économiques et sécuritaires, entraîne une pression accrue sur les infrastructures existantes, déjà insuffisantes. Des zones à forte valeur patrimoniale ou écologique, notamment des espaces marécageux, sont progressivement occupées, augmentant la vulnérabilité aux catastrophes.

Les conséquences sont concrètes : embouteillages chroniques, accès difficile à l’aéroport, saturation des axes routiers et détérioration des conditions de vie. Des trajets autrefois rapides peuvent désormais prendre plusieurs heures.

Enfin, la sociologue met en garde contre certaines politiques publiques mal anticipées. L’amélioration des services de base dans des zones sensibles peut paradoxalement attirer de nouvelles populations et aggraver la pression sur des espaces déjà fragiles, notamment à proximité de sites historiques.

Face à ce tableau préoccupant, Michèle Oriol appelle à une planification urbaine rigoureuse, fondée sur des choix stratégiques clairs et une meilleure coordination entre les acteurs nationaux et internationaux.

W. A.