Accueil Culture Artisanat en Fête 2025 : quand créer devient un acte de résistance

Artisanat en Fête 2025 : quand créer devient un acte de résistance

Lenor Baldomètre, Émilien Blaise et Eddy Rémy

Port-au-Prince, le 18 décembre 2025.- La 19ᵉ édition d’Artisanat en Fête, organisée par Le Nouvelliste et l’Institut de recherche et de promotion de l’art haïtien (IRPAH), se tiendra les 20 et 21 décembre à Pétion-Ville, sous le thème « Création, production ». À quelques jours de l’événement, trois artisans, venus de Léogâne, Jacmel et Noailles, ont livré sur les ondes de Radio Magik 9 un témoignage poignant sur les obstacles majeurs qui fragilisent aujourd’hui l’artisanat haïtien : insécurité, manque d’opportunités et difficultés de transport.

Véritable vitrine de la créativité et de la richesse des traditions haïtiennes, Artisanat en Fête s’impose depuis près de deux décennies comme un rendez-vous incontournable pour les artisans du pays. Cette 19ᵉ édition se déroulera les samedi 20 et dimanche 21 décembre 2025, à l’École des Frères de l’Instruction Chrétienne, située place Saint-Pierre, à Pétion-Ville.

Invités ce jeudi sur Radio Magik 9, trois artisans qui exposeront lors de l’événement ont mis en lumière les réalités difficiles auxquelles ils sont confrontés.

Lenor Baldomère, artisan en pierre taillée originaire de Léogâne, a raconté le parcours éprouvant qu’il a dû entreprendre pour acheminer ses œuvres à Port-au-Prince. Contraint d’éviter les axes routiers habituels, il a dû se rendre à Petit-Goâve, puis prendre un bateau pour rejoindre la capitale. Un trajet qui dure normalement une trentaine de minutes s’est transformé en un périple de trois jours: parti le samedi 13 décembre, il n’est arrivé que le lundi. Le coût total du transport s’élève à environ 60 000 gourdes.

Selon M. Baldomère, Léogâne fait face à une pénurie alarmante de main-d’œuvre artistique. Faute d’opportunités économiques, de nombreux artisans expérimentés se tournent vers d’autres activités afin de subvenir aux besoins de leur famille.

Même constat du côté d’Émilien Blaise, artisan en papier mâché à Jacmel, qui dénonce le manque d’encadrement et de soutien institutionnel. Pour lui, l’absence de structures d’accompagnement constitue un frein majeur à la pérennité du secteur artisanal.

À Noailles, haut lieu du fer découpé haïtien, la situation est tout aussi préoccupante. Jean Eddy Rémy alerte sur le risque de disparition progressive du centre artistique de Noailles. Contrairement aux idées reçues, ce déclin n’est pas dû à un manque de production ou de savoir-faire, mais bien à l’absence de débouchés commerciaux et à une insécurité persistante qui force de nombreux artisans à abandonner leurs espaces de travail.

À travers ces témoignages, Artisanat en Fête 2025 apparaît non seulement comme un espace d’exposition, mais aussi comme un acte de résistance culturelle, offrant aux artisans une rare opportunité de visibilité, de revenus et de reconnaissance dans un contexte national particulièrement difficile.

W. A.

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