La transition haïtienne a-t-elle encore pour objectif le retour à l’ordre constitutionnel, ou s’est-elle installée dans une gestion prolongée de l’exception ?
À l’approche du 7 février, cette question s’impose avec d’autant plus de force que la date, autrefois synonyme de renouveau institutionnel, semble désormais vidée de sa portée politique.
Dans ce contexte, la communauté internationale joue un rôle central dans l’orientation du processus. Les séances de travail conduites sous l’égide de la CARICOM témoignent d’un effort de coordination régionale, mais aussi d’une réalité troublante : l’incapacité des acteurs internes à produire seuls un consensus durable. Cette implication extérieure, bien que présentée comme un appui, interroge sur l’autonomie réelle des choix politiques.
Le Conseil présidentiel de transition (CPT), dont le mandat arrive à échéance, se retrouve à un tournant critique. Conçu comme un mécanisme provisoire, il peine à démontrer sa capacité à structurer une transition courte et crédible. L’absence de clarté sur la suite du processus renforce le sentiment d’un pouvoir suspendu, sans horizon clairement défini.
Dans ce paysage incertain, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé se retrouve à la fois au centre et à la périphérie du pouvoir. Au centre, parce qu’il reste le principal point d’ancrage de l’exécutif, bénéficiant d’un soutien affirmé de la communauté internationale, notamment des États-Unis, qui ont considéré comme illégale la tentative d’éviction menée par cinq membres du CPT à la fin du mois de janvier 2026. À la périphérie, parce que cette survie politique n’est pas le fruit d’une légitimité démocratique, mais d’une pression extérieure. Fils-Aimé a certes affiché des ambitions claires, déclarant que « la peur a changé de camp » et plaçant la sécurité et les élections au cœur de ses priorités. Or, à ce jour, aucun calendrier électoral ne s’est concrétisé de manière crédible, et le premier tour du scrutin n’est qu’évoqué provisoirement pour août 2026. Ce décalage entre les discours et les réalités sur le terrain rappelle que le soutien international, s’il garantit une continuité institutionnelle minimale, ne saurait remplacer la légitimité issue du suffrage ni exonérer le gouvernement de résultats concrets, notamment sur la sécurité et la gouvernance.
À l’approche du 7 février, l’enjeu dépasse les arrangements politiques et les équilibres diplomatiques. Le retour à l’ordre constitutionnel n’est plus une option, mais une urgence. Sans calendrier électoral crédible ni engagement ferme à sortir de la transition, le pays risque de voir l’exception devenir la norme, au détriment de la confiance citoyenne et de l’État de droit.
La Rédaction
